À la une | 19/05/2017

Assises urbaines, jour 2 : nouvelle vie des villes, nouvelle vie en ville

Si déclin industriel et mutations économiques contraignent certaines grandes villes à s’inventer un nouvel avenir, c’est plus généralement tout l’écosystème urbain qui se trouve aujourd’hui confronté à de nouvelles problématiques. Décryptage des défis à relever pour réussir collectivement une régénération urbaine durable.

Tout le monde a en tête des images de friches industrielles. Sur nos territoires ou à plus grande échelle. Comme aux États-Unis, où l’industrie automobile a laissé derrière elle, dans certains états, un paysage de désolation, fui par une partie de la population et déserté par les commerces et les services publics. À tel point qu’il faut maintenant « panser les plaies de la décroissance urbaine », pour reprendre les termes de Flaminia Paddeu, qui a publié en 2015 une thèse sur la situation de Détroit. « PANSER », en mettant en place des systèmes de prévention des dysfonctionnements, liés au recul brutal de la population et à l’appauvrissement de ceux qui restent. Mais aussi « PENSER » pour créer de nouvelles solidarités et aller de l’avant.
À ce titre, l’agriculture urbaine constitue une piste explorée outre-Atlantique : « Elle permet de relocaliser la production et de garantir l’approvisionnement des habitants, a expliqué Flaminia Paddeu. D’autant qu’à Détroit, il y a 120 km2 à réinvestir ! » Soit la superficie cumulée de San Francisco, New York et Boston. Source de nombreux fléaux, le déclin peut donc aussi être vecteur de renouveau : création de lien social, embellissement du cadre de vie, revalorisation du foncier… Cependant, face aux controverses que ces projets novateurs ne manquent pas de susciter, « il faut des politiques cohérentes, a insisté la chercheuse. Pour que ce phénomène nouveau soit équitable et durable. »
Quel que soit le profil des villes, sinistrées par la crise ou « simplement » ébranlées par les mutations que connaissent nos économies et nos sociétés, toutes sont aujourd’hui confrontées à une pluralité de défis, qui imposent des réorganisations plus ou moins radicales. Si l’exemple de Détroit plaide en faveur d’un abandon du paradigme de l’attractivité et de la compétitivité, d’autres scénarios, moins dogmatiques, émergent également. Olivier Gosselin, directeur du CAUE 76*, suggère ainsi de « sortir du découpage en zones distinctes que nous connaissons, pour recoudre les villes et opérer des mélanges d’activité. Cela permettrait de répondre à la diversité des usages de la ville. Ne pourrait-on pas imaginer par exemple de superposer des logements sur les centres commerciaux situés en entrée de ville ? »
Le réaménagement des villes passe, enfin, bien sûr, par une nouvelle offre de transports, suffisamment attractive pour que les habitants renoncent à terme à la voiture, à la fois coûteuse, polluante et accidentogène. « Mais cela ne se fera pas du jour au lendemain, selon Yann Lelouard, de l’Agence d’urbanisme de Rouen. Pour accéder à une mobilité durable, il faut penser de nouveaux outils cohérents, lisibles et complémentaires, susceptibles de répondre aux besoins des habitants. »
De l’agriculture urbaine aux nouvelles mobilités, en passant par la régénérescence de l’offre commerciale, tous les intervenants étaient d’accord, pour considérer que l’avenir des villes passe - avant tout - par la capacité des acteurs à se parler et à coopérer, pour mieux anticiper et innover.

* CAUE76 : conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement de la Seine-Maritime

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