À la une | 16/11/2017

Assises de l'éducation - Jour 1: Difficultés scolaires, de quoi et de qui parle-t-on ?

En ouverture de la 4e édition des Assises de l’éducation, mercredi 15 novembre, organisées par la Ville, le regard des quelque 200 participants s’est tourné, hier, mercredi, sur les difficultés scolaires que rencontrent certains enfants, sur l’évolution récente de leur prise en charge et leurs impacts sur les familles.

De 170 à 23 000, c’est la spectaculaire progression du nombre d’orthophonistes depuis les années 1970 ! Une explosion démographique qui – bien que complétée par l’augmentation des psychologues et autres médecins spécialisés dans la prise en charge des troubles de l’apprentissage - ne suffit pas, cependant, à prendre en charge les 15 à 20 % d’une classe d’âge qui souffriraient aujourd’hui de « DYS », dyslexie, dyscalculie, dysorthographie…
Pourquoi les difficultés scolaires sont-elles de plus en plus systématiquement prises en charge par des professionnels du soin, extérieurs à l’éducation nationale ? Qu’est-ce qui explique cette médicalisation à outrance ?
C’est à ces questions que le sociologue Stanislas Morel, maître de conférences à l’université de Saint-Étienne, a tenté de répondre, étudiant aussi bien les formes de lobbying des professionnels du soin, que les impacts des politiques publiques de lutte contre l’échec scolaire : « La pression mise sur les enseignants pour que leurs élèves acquièrent, en un temps record, les savoirs fondamentaux explique, en partie, le recours à des professionnels extérieurs, dès qu’un enfant est confronté à un obstacle », a donné pour exemple le sociologue.
Pris au piège d’un double principe, celui de la précaution, qui les incite à demander un diagnostic médical pour ne pas passer à côté d’un trouble grave, et celui de l’urgence, face à des enfants difficiles à gérer, les enseignants auraient aussi une responsabilité dans la médicalisation du traitement des difficultés scolaires.
En cause également l’engrenage dans lequel les parents des classes moyennes et supérieures se trouvent embarqués, dès lors que leur enfant rencontre des problèmes : « Sur un marché non unifié des diagnostics médico-psychologiques, les parents demandent plusieurs diagnostics, a expliqué Stanislas Morel. Ils ont tendance à se focaliser sur le diagnostic qui permet une inversion de stigmates, dans le cas notamment du diagnostic d’enfants surdoués ». Ce qui les autorise à demander aux enseignants de porter sur leur enfant un autre regard.
« Cette médicalisation, qui implique la déconsidération du métier d’enseignant », comme l’a regretté un enseignant présent aux Assises, engendre en outre de nouvelles inégalités entre familles, comme l’a souligné Pierre Perier, professeur de sciences de l’éducation à l’université de Rennes 2. « Le fossé qui se creuse entre l’école et les familles des milieux populaires fait d’autant plus problème, selon l’universitaire, que les enfants rencontrent des difficultés scolaires. » Car pour y faire face, ces parents ne sont pas armés : ils ne connaissent pas les codes de l’éducation nationale, ils se heurtent à des obstacles pratiques et symboliques qui les handicapent, que ce soit pour prendre un rendez-vous avec l’institution scolaire ou tout simplement pour pénétrer dans l’école. Ils ne correspondent pas non plus à la figure du parent modèle que l’école a construite… C’est alors une « spirale de difficultés » qui s’enclenche, selon les analyses de Pierre Perier : « De scolaires, les difficultés deviennent familiales et stigmatisantes ».
Comment faire pour enrayer cette spirale infernale ? « Il faudrait que l’école apprenne à travailler avec les parents réels, avec les parents tels qu’ils sont », a insisté Pierre Perier. Face à la diversité des familles, il faudrait aussi, selon le chercheur, expérimenter une plus grande diversité dans les modalités de prises de contact avec les familles, en privilégiant le dialogue oral aux échanges écrits.
La mobilisation du réseau local, des différentes ressources du territoire, est également apparue comme un levier intéressant à explorer. Les témoignages de participants, dans la salle, de même que l’état d’esprit qui préside à la réunion de cette nouvelle édition des Assises, en témoignent.

> Assises de l'éducation : Retrouver le programme des sessions à venir

Picto commentaire ajouter un commentaire

Picto rss s'abonner à ce fil RSS