À la une | 4/12/2017

Logement social: les HLM décimées

La loi de finances exige des bailleurs sociaux qu’ils compensent la baisse de 50 à 69€ des APL de leurs locataires: une "attaque" contre le logement social, s’indignent les organismes HLM.

L’article 52 de la loi de finances 2018 fait l’unanimité des bailleurs sociaux contre lui. Censé rendre la baisse de 50 à 69€ par mois des aides personnelles au logement (APL) indolore pour les 54% de locataires du parc social français qui en bénéficient, ledit article 52 exige des organismes HLM qu’ils compensent cette réduction des APL par des remises de loyers équivalentes.
Or l’article 52 les "privera […] de 75% de leurs capacités d’investissement", s’est insurgée le 7 novembre l’Union sociale pour l’habitat (USH) au nom des 720 organismes HLM de France, prévenant que "pour nombre d’entre eux, [cette mesure] est le début de sérieuses difficultés financières, tandis que plus de 200 organismes risquent tout simplement la faillite".
Rédigé avec l’objectif de réaliser 1,5 Md€ d’économies sur le budget de l’État, l’article 52 attaquerait non seulement le "modèle économique du logement social", toujours selon l’USH, mais il pourrait également se traduire par des hausses indirectes de loyer. Les bailleurs pourraient en effet être
contraints "de chercher des recettes supplémentaires", explique Franck Ernst, directeur général du Foyer stéphanais, comme d’ajouter au loyer la moitié des économies de chauffage réalisées grâce aux isolations thermiques…
L’USH chiffre l’impact de l’article 52 sur la seule année 2018 à 54100 logements non construits et à 103100 autres non réhabilités. Un sérieux coup de canif dans les carnets de commandes des entreprises du bâtiment qui verraient dès lors 146000 de leurs emplois menacés.
Pour la seule Normandie, la compensation des APL "mangerait" 100 M€, dont 23 M€ sur la métropole rouennaise. L’USH Haute-Normandie indiquant, par sa directrice Ariane Massière, que les sous-loyers appliqués de force par la loi ne se limiteraient pas aux seuls locataires concernés par la baisse des APL. Des non bénéficiaires de l’APL en dessous d’un certain seuil de revenus pourraient aussi voir leurs loyers baisser, ce qui ajouterait 30 M€ de perte aux 100 M€ de recettes "mangés" pour cause de compensation d’APL.
Quoi qu’il en soit, "ces euros d’APL en moins vont nous coûter très cher, prévient quant à lui Gérard Raux, président de la Confédération nationale du logement (CNL) de Seine-Maritime. Il y aura moins de constructions, moins de rénovations, moins d’entret ien et moins de travail social sur le terrain". Ce que confirment les bailleurs sociaux…
La déconstruction du secteur du logement social ne s’arrête toutefois pas là. Après avoir rayé d’un trait de plume cet été 130,5 M€ de crédits dédiés à l’amélioration de l’habitat, le même projet de loi de finances réduit pour 2018 à 50 M€ la participation de l’État à la construction du logement social (aide à la pierre), contre 84 M€ en 2017, là où il s’était engagé en 2016 à mettre 200 M€ par an…

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