À la une | 3/02/2010

Fret : le point de rupture ?

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Le triage par gravité de Sotteville-lès-Rouen ferme en avril. La priorité au rail proclamée par le gouvernement n’était elle qu’un leurre ? Les cheminots, en grève le 3 février, alertent sur la désintégration du service public, "on est à un point de rupture" disent-ils. Tous les services de la SNCF étaient appelés à la grève mercredi 3 février, à l’appel de l’intersyndicale, CGT, Sud-Rail, UNSA et CFDT-GAAC. À Sotteville-lès-Rouen, les cheminots grévistes ont manifesté dans le triage soutenus par les élus locaux dont Hubert Wulfranc, maire de Saint-Étienne-du-Rouvray. Ils ont installé une banderole sur le pylône de 30 mètres de haut qui domine les voies. "Le triage de Sotteville doit vivre" proclame-t-elle. L’accélération de la restructuration de la SNCF en 2010 avec l’annonce de 3600 nouvelles suppressions d’emplois, qui a suscité la grève de ce 3 février, se traduit ici, en avril, par la fin du centre de tri par gravité. Le triage de Sotteville-lès-Rouen, un des plus grands d’Europe, regroupe et redistribue des milliers de wagons de fret. "Il y a quelques années, on passait 2500 wagons/jour, aujourd’hui on en fait à peine 12", accuse Luc Delestre, responsable CGT. "C’est une ineptie. Le fret en 2002 représentait 56 milliards de tonnes au km, en 2010 ce sera 24 milliards de tonnes. La différence est partie sur la route". C’est la conséquence de l’abandon du wagon isolé, jugé non rentable par la Direction de la SNCF qui ne veut plus traiter que des trains entiers, c’est à dire constitués dès le départ par un expéditeur pour un destinataire. Elle envisagerait même de fixer un seuil de trois allers-retours hebdomadaires pour prendre en charge des expéditions de fret. De quoi freiner encore plus les entreprises souhaitant utiliser le rail… Où est donc passée la priorité du train affichée en 2009 par le gouvernement au nom du Grenelle de l’environnement ? Elle semble bien n’avoir été qu’un simple effet d’annonce. L’ouverture à la concurrence, effective dans le fret depuis 2003, n’a pas non plus fait décoller l’activité, au contraire. La part du ferroviaire dans le fret a encore baissé, passant de 14 à 11% ces deux dernières années. "Le privé n’a rien apporté de plus, il a juste récupéré quelques trafics juteux", souligne Luc Delestre. "Et la SNCF désintègre le service public, elle organise le désordre ; c’est la privatisation galopante, comme à EDF ou à la Poste. Après ce sera au tour du trafic voyageurs".
La fin du triage aura des conséquences sur l’emploi. Au fret 50 postes disparaissent, et tous les métiers seront touchés, à l’entretien des voies, aux ateliers de maintenance. Parmi les agents qui y travaillent, beaucoup habitent Sotteville ou Saint-Étienne, comme Patrick Florin qui est à la logistique, la branche SNCF qui assure la maintenance des voies et des caténaires. Il a vu les établissements locaux devenir départementaux, puis régionaux, "ils détruisent le tissu de proximité, des agents vont à 200 km pour faire un dépannage. Les difficultés avec la neige, avant ça n’arrivait jamais. Il n’y a plus assez de monde pour assurer les astreintes. Avant ici on avait 4 brigades, il n’y a en a plus que 2". Gilbert Chaloine est en poste au magasin d’approvisionnement à Quatre mares, "on travaille avec le fret, s’il y a moins de travail, il y aura moins de caisses". Jacky Drouaire travaille à la réparation des machines, "les 27500, les nouvelles rames TER" précise-t-il. Il voit de plus en plus l’externalisation du travail, "des pièces réparables à Quatre mares partent au privé, pareil pour l’outillage". Il prend bientôt sa retraite "je ne pars pas content, mais plutôt amer, on sent que ce n’est pas une réforme pour que cela aille mieux, c’est la casse du service".

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