Il est mortel ce jean

 

le code barre éco citoyenJulia Poulain, chargée de mission agenda 21 à la Ville de Saint-Étienne-du-Rouvray, propose une série de chroniques durables pour s'informer et changer de comportement. À consommer sans modération…

J’écoute les informations d’une oreille distraite lorsque j’entends un journaliste parler de substances toxiques découvertes dans certains vêtements de grandes marques…

Cela me rappelle un reportage regardé il y a quelque temps, qui m’avait déjà fait pas mal réfléchir. Il s’agissait de la technique du sablage des jeans qui vise à leur donner un aspect usé. Cette technique est particulièrement dangereuse pour les travailleurs qui sont exposés à un produit appelé "silice cristalline alvéolaire". Ce produit provoque chez les ouvriers une maladie pulmonaire invalidante voire mortelle. Elle serait à l’origine de nombreux décès survenus après 6 à 12 mois d’exposition… Se dire que des personnes meurent pour que nous puissions porter des jeans "vintage" ça fait froid dans le dos…

illustration de Gayanée BeyreziatLe collectif Éthique sur l’étiquette, qui œuvre pour le respect des droits de l’homme au travail dans le monde, a lancé, à travers une campagne intitulée "il est mortel ce jean" auprès des grandes marques et des citoyens, un appel pour mettre fin au sablage des jeans. Quelques grandes marques ont répondu à cette annonce en bannissant ce procédé de la fabrication de leurs jeans, mais d’autres continuent de le faire.

Je cherche sur internet des informations concernant les produits toxiques retrouvés sur des vêtements de grandes marques. Le premier lien m’amène sur le site de Greenpeace. Une de leurs études a mis en lumière la présence de nonylphènol ethoxylates (NPEs) à des taux supérieurs aux limites autorisées, sur des articles de grandes marques.

Je recherche donc ce que sont des NPEs. J’apprends que ce sont des substances chimiques dont l’utilisation est interdite dans l’industrie textile européenne depuis 2003. Les dérivés de ces produits, en se dégradant, libèrent du nonylphènol qui est toxique. Il se trouve plus généralement dans les produits d’entretien ou encore les pesticides !

Le problème avec cette substance, est que, après le lavage des vêtements, les molécules se retrouvent, non plus sur les vêtements, mais dans l’eau et peuvent contaminer la chaîne alimentaire.

Au fil des articles lus, je remarque que malgré le travail des ONG, la pression des citoyens et les lois internationales, des scandales continuent d’éclabousser le monde de l’industrie textile : conditions de travail déplorables, travail illégal des enfants, non-respect des normes environnementales ou encore utilisation de produits dangereux pour notre santé.

En tant que consommateur, je cherche des moyens d’agir pour consommer de façon plus responsable et pour que les industries textiles changent leurs modes de production. Choisir des vêtements bio ou équitables auprès de marques spécifiques Éthos Paris, Ideo, La queue du chat apparaît être une solution pour s’assurer de la qualité des articles achetés. Cependant, ces marques proposent des vêtements qui peuvent coûter relativement cher. Des marques plus accessibles, telles que H&M, Jules ou encore Etam, proposent des articles sous les labels bio, Eco-Tex ou Max Havelaar. Parallèlement, des sites de ventes-privées responsables proposent des ventes d’articles de marques bio et équitables à des prix réduits. L’achat de vêtements d’occasion est aussi un moyen peu coûteux de se trouver de quoi s’habiller et de donner une seconde vie à un article (Le bon coin, friperies, dépôt-vente, Emmaüs, le Secours populaire…)

Des collectifs comme Éthique sur l’étiquette ou Clean Clothes appellent les grandes marques et les distributeurs à prendre des mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail dans leurs usines. Pour cela, ils nous incitent à réagir et à faire pression sur ces marques en boycottant leurs produits ou en signant des pétitions en ligne sur leur site. Et une signature en plus ! Une !