code barre éco citoyen

Une huile qui fait tache...

Julia Poulain, chargée de mission agenda 21 à la Ville de Saint-Étienne-du-Rouvray, propose une série de chroniques durables pour s'informer et changer de comportement. À consommer sans modération…

En train de manger des biscuits au chocolat, je regarde machinalement leur composition sur le paquet. À l’avant, une mention « Sans huile de palme » est écrite en gros. Je me demande alors quel est l’intérêt pour cette marque de l’indiquer si ouvertement ?

Un petit tour sur le net pour apprendre ce qu’est l’huile de palme. Des milliers d’articles me montrent que cette huile suscite de nombreux débats sur les effets néfastes de sa culture et de sa consommation sur l’environnement et sur la santé !

Je commence à lire plus attentivement et découvre qu’à l’origine l’huile de palme était utilisée dans la cuisine traditionnelle africaine et asiatique. Son faible coût a attiré les industriels qui n’hésitent pas à l’intégrer dans de nombreux produits de consommation. L’huile de palme est présente partout : aussi bien dans l’alimentation (chips, gâteaux, céréales, pain de mie…) que dans des produits d’hygiène (gels douches, shampoings, dentifrices…). À ma grande surprise, elle apparaît même dans des produits où je n’imaginais pas qu’il y avait de l’huile, comme les raisins secs ou le lait pour bébé !

illustration de Gayanée Beyreziat

Le problème, pour notre santé, n’est pas d’en consommer, mais d’en consommer beaucoup trop. Omniprésente dans les produits alimentaires, cette huile est très riche en acides gras saturés (45 % de graisses saturées, contre 15 % pour l’huile d’olive). À terme, sa consommation peut augmenter le taux de mauvais cholestérol et entraîner des risques cardiovasculaires.

Je lis également que, dans les pays où ils sont cultivés, les palmiers sont à l’origine de désastres écologiques et de conflits sociaux très importants. Face à une demande croissante des pays européens, mais aussi de la Chine et de l’Inde, l’emprise des cultures de palmiers est de plus en plus importante. L’Indonésie et la Malaisie regroupent aujourd’hui plus de 85 % de la production d’huile de palme, mais de nombreux pays en Afrique et en Amérique du Sud intensifient leurs cultures.

L’introduction de cette culture entraîne une déforestation massive : je découvre qu’en Indonésie c’est l’équivalent d’un terrain de foot de forêt qui disparaît toutes les 15 secondes… Toutes les 15 secondes ? Ce qui fait… 240 terrains de foot par heure !

Les conséquences sont forcément dramatiques : pollution de l’air, pollution de l’eau, destruction de la biodiversité, disparition d’espèces animales telles que l’orang-outang, appropriation des terres par l’État ou les groupes industriels, expulsion de familles, denrée qui devient inaccessible pour les populations locales, conflits sociaux…

Je jette un coup d’œil dans mes placards : je sors chips, brioches, biscottes, pâte à tartiner, yaourts, fromages, savons, shampoing… Les étiquettes sont une longue liste d’ingrédients non identifiables ! Après de nouvelles recherches, je découvre que l’huile de palme peut se cacher sous différentes appellations (huile végétale, graisse végétale, monostéarate de glycérol…) ou être intégrée à des additifs alimentaires ou des agents pour cosmétiques (E304, E335, acide palmitique, alcool cétylique…). Après avoir regardé tous mes produits, je découvre, sans grande surprise finalement, qu’ils sont tous composés d’huile de palme…

Au hasard de mes recherches, je découvre le blog (vivresanshuiledepalme.blogspot.fr) d’un jeune homme Strasbourgeois qui a fait le pari de ne plus consommer de produits à base d’huile de palme pendant une année entière. Au quotidien, cet étudiant partage son expérience sur son blog et propose à ses lecteurs un « petit guide vert » qui liste les produits contenant de l’huile palme et les différents noms employés pour la désigner. Il propose aussi des recettes de cuisine et des astuces pour fabriquer ses propres produits d’entretiens tels que le dentifrice ou la lessive.

La question qui me vient ensuite concerne les produits bio : doit-on davantage se tourner vers eux ? Le choix de produits sans huile de palme est plus important parmi les produits bio que parmi les produits traditionnels. Pour les produits bio composés d’huile de palme, celle-ci est certifiée sous le label Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO). Cependant, différents rapports d’ONG ont prouvé que les critères de certifications du RSPO sont insuffisants et les contrôles laxistes. Les Amis de la Terre dénoncent, dans un rapport publié en 2011, les imperfections de ce label et le fait qu’il ne garantit pas l’absence de déforestation…

À la lecture de ces articles, je me demande si nos besoins en huile de palme sont vraiment justifiés ? Et surtout comment agir pour limiter ma consommation ? Des ONG et des associations dénoncent les pratiques des industriels et militent pour que les grandes marques soient davantage regardantes sur l’origine de leurs huiles et qu’elles changent leurs modes de production. C’est le cas de WWF (protegelaforet.com/consolutions/huile-de-palme) ou encore de Greenpeace qui dénonce, via une campagne choc (forets.greenpeace.fr/greenpeace-denonce-nestle-qui-contribue-a-la-deforestation-en-indonesie), l’utilisation d’huile de palme par Nestlé.