atelier made in ser

Trois saisons avec Joanne Leighton

Joanne Leighton a été invitée par Robert Labaye comme artiste associée du Rive Gauche pour trois saisons, de 2011 à 2013. Ce compagnonnage a pris de multiples formes et a abouti à la création de "Made in Saint-Étienne-du-Rouvray", un spectacle dansé mettant en scène 99 participants amateurs et 5 danseurs professionnels à l'INSA (Institut National de Sciences Appliquées) le samedi 12 octobre 2013. 

Portrait

Joanne Leighton est de ces créateurs audacieux et inventifs qui embarquent à leur suite des légions d’hommes et de femmes amateurs de projets insolites. Ainsi, à Belfort, ville qui l’accueille depuis 2010 à la tête du Centre Chorégraphique National de Franche-Comté, Joanne Leighton a invité une personne chaque matin et une autre chaque soir à veiller sur la ville depuis la terrasse de la citadelle, et ainsi de suite pendant 366 jours… Et ça a marché ! Les candidats ont afflué, enthousiastes à l’idée de faire l’expérience d’une notion fondamentale de la pratique chorégraphique : la qualité d’une présence… Créatrice insatiable, Joanne Leighton inscrit son travail dans un désir constant de dialogue et d’échange et lie étroitement son parcours à une vision de la danse originale, dynamique et évolutive.

Le Rive Gauche a fait d’elle sa chorégraphe associée jusqu’à la création (après entre autres, Metz, Strasbourg, Nancy et Paris pour l'inauguration des berges de Seine), de "Made in Saint-Etienne-du-Rouvray", le samedi 12 octobre 2013.

 Faites partie du réseau  

Pour ne rien rater de cette aventure, une page Facebook a été créée. Toutes les infos pratiques, les rendez-vous, les temps forts ont ainsi été mis en ligne tout au long de la construction de ce "Made in..." Les participants ont pu également se saisir de cet outil pour poser des questions ou faire part de leurs remarques en y laissant des commentaires.

Les détenteurs d'un compte Facebook peuvent rechercher, dans le moteur de recherche du réseau social, la page intitulée "Made in Saint Etienne du Rouvray". Une fois que la page s'affiche, cliquer sur le bouton "J'aime". Voilà, vous faites partie de la communauté du "Made in..."

Interview : "Construire un lendemain commun"

À la veille de la présentation de "Display/Copy Only" sur la scène du Rive Gauche, le 6 décembre 2011, Joanne Leighton, directrice du Centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort, a expliqué la démarche engagée avec Le Rive Gauche.

• Vous démarrez cette saison un compagnonnage de trois ans avec le théâtre du Rive Gauche, comment ce projet est-il né ?

Joanne Leighton : C'est une invitation de Robert Labaye que j'ai rencontré il y a longtemps et qui a déjà accueilli "Made in Taïwan", mon solo créé en 2004 sur les thématiques de la copie, de l'original, sur la composition chorégraphique. Une grande affinité est née avec Robert qui mène et défend une politique sur l'art et son intégration dans la ville, la région. Il se pose au quotidien la question du rôle que l’art joue dans la société, la communauté. C'est ce qui est à l'origine de cette invitation à être artiste associée trois ans durant.

• Qu’est-ce que cela veut dire être "artiste associée" avec une maison comme Le Rive Gauche ? Pourquoi ce travail avec une autre structure que celle que vous dirigez à Belfort  ?

J.L. : Je dirais que cela signifie chercher à créer du sens à ce que l'on va faire ensemble, pas seulement pour Robert et moi, ni même seulement pour les équipes, mais aussi pour le public de la région de Rouen qui, je l'espère, s'imprègne davantage d'un univers artistique lorsqu'il a la possibilité d'assister à plusieurs spectacles d'un même artiste, de le rencontrer, voire de participer à l'un de ses projets, ce qui sera le cas avec "Made in Saint-Étienne du-Rouvray". Trop souvent, les rapports entre les artistes et les lieux de diffusion de spectacle se limitent au simple accueil, à la coproduction d'un spectacle. L'artiste et son équipe sont présents deux ou trois jours sur place, ce qui est très court pour créer des liens avec une structure, avec son public, et il n'y a au moment de cette présence, aucune perception d'un lendemain commun, d'une construction possible ensemble, ni la mise en perspective de ce qu'il se passe à l'instant T de cette présence. Mon arrivée à la direction du Centre Chorégraphique National m'a amenée à penser mon travail autrement, à penser le territoire, le public, autant de questions qui sont moins centrales lorsqu'on travaille en compagnie. Dans un lieu tel que le Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort, nous disposons de moyens pour travailler sur ces questions, je bénéficie aussi d'un héritage fort : je succède à Odile Duboc, qui était une immense chorégraphe mais aussi une excellente pédagogue. Je souhaite prendre le relais avec mon identité, et le développer avec des partenaires privilégiés tels que le Rive Gauche.

• Que comptez-vous mettre en place durant ces trois années ? Quels liens espérez-vous tisser avec l’équipe du théâtre, des danseurs locaux et la population ?

Cette association est avant tout une visibilité et un soutien aux créations du Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort puisque Le Rive Gauche coproduit cette saison "Les Modulables" et "Exquisite Corpse", deux projets qui m'occupent en ce moment et qui seront accueillis en 2012-2013 à Saint-Etienne-du-Rouvray. Mais je souhaite également mener, avec les danseurs qui m'accompagnent, des ateliers en direction des professeurs de danse, des lycées. Le Rive Gauche a de nombreuses propositions en ce sens à me faire dans le but de sensibiliser son public à la danse contemporaine. J'ai beaucoup travaillé, lorsque j'étais installée en compagnie à Bruxelles durant dix-huit ans, sur la pédagogie et la transmission de la culture chorégraphique aussi bien en direction de professionnels que d'amateurs. J’ai été accueillie en résidence à Pôle Sud à Strasbourg et la scène nationale d’Orléans en 2010 pour un travail pédagogique. Ce travail me tient à cœur encore aujourd'hui, depuis que je dirige un lieu, puisque cette question trouve tout son sens sur un territoire, dans un engagement au long cours. Je souhaite que les danseurs qui m'accompagnent développent ce travail pédagogique extrêmement précis et exigent aussi bien à Belfort qu'à Saint-Etienne-du-Rouvray. D'autre part, le Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort travaille avec acharnement et, je pense, avec expertise, au développement de la culture chorégraphique sur son territoire, et nous souhaitons créer des liens entre les équipes de chaque structure autour de ces méthodes expérimentées à Belfort depuis si longtemps.

• À l’issue de ces trois années, "Made in Saint-Étienne-du-Rouvray" devrait notamment voir le jour ? Dites-nous en plus…

J.L. : "Made in... série" est un projet participatif pour 99 amateurs et 5 danseurs professionnels qui prend le nom de la ville dans laquelle il se recrée. Ce projet se réinvente dans un lieu singulier de la ville, choisi à cet effet, avec les habitants de la ville et de sa région qui souhaitent participer. C'est un projet ouvert à tous, sans limite d'âge et sans expérience chorégraphique pré requise. Au cours de plusieurs ateliers, les danseurs et moi travaillons avec les danseurs amateurs pour leur transmettre une chorégraphie dont la trame pré existe mais aussi pour imaginer, en fonction de l'architecture du lieu et des corps des participants, une proposition singulière et unique. Le spectacle est présenté à l'issue des sept ateliers au cours de représentations faisant partie de la programmation. Il s'agit d'une proposition artistique à part entière. Ce projet a été lancé pour la première fois en 2010 à Strasbourg, lorsque j'étais en résidence à Pôle Sud, scène conventionnée pour la danse et le jazz, puis a été recréé à Oldenbourg en Allemagne, à Metz au Centre Pompidou, à Charleroi et verra le jour à Vesoul en 2012, en Italie, à Saint-Étienne-du-Rouvray en 2014 et j'espère dans bien d'autres villes. Je trouve que c'est la meilleure façon de conclure cette association de trois années au Rive Gauche. Bien souvent, les participants portent un autre regard sur la création chorégraphique suite à ce type de projet. Ce sont toujours des rencontres et expériences uniques aussi bien pour nous, équipe artistique, que pour les habitants, surtout lorsque le projet est accueilli par un lieu tel que le Rive Gauche, dirigé par Robert Labaye, accompagné par son équipe, un lieu où le travail est mené sur le long terme avec le public, sur le territoire. Ces lieux sont toujours un terreau très riche pour les artistes et la perspective de travailler sur trois ans dans cette atmosphère me réjouit. Que peut-on espérer de mieux ?

Les liens du projet

• "Exquise chorégraphe" | Le portrait de Joanne Leighton dans "Le Stéphanais" du 6 décembre 2012

• Le site cu CCNFC de Belfort