L’exposition qui a bonne presse

Du 5 juin au 30 septembre 2010, la Ville organisait une grande exposition intitulée De Daumier à Toulouse-Lautrec : le dessin de presse à l'époque impressionniste. L’exposition figurait au programme du festival Normandie impressionniste organisé dans toute la région.

 

le visuel générique de l'exposition stéphanaise

Des trésors de papier. Gérard Gosselin les sort des cartons avec précaution. Ces exemplaires du Rire, du Charivari, du Journal illustré, de La Vie moderne, du Petit journal, du Mirliton… ont plus d’un siècle. Un âge vénérable. À cette époque, la photographie est encore balbutiante, les journaux utilisent le dessin pour illustrer leurs pages : dessin satirique, illustration d’un événement, reportage… Peintre, passionné de l’histoire de la peinture, Gérard Gosselin les collectionne. De cet ensemble, la Ville lui a emprunté 150 pièces pour une exposition intitulée De Daumier à Toulouse-Lautrec, le dessin de presse à l’époque impressionniste, 1863/1908, qui présentée de juin à septembre, dans le cadre du festival Normandie impressionniste.

L’événement a d’ailleurs été labellisé et subventionné par le comité organisateur du festival. Il offre une triple plongée, dans l’histoire, dans la presse et dans la peinture. La période retenue, 1863/1908, va du scandale créé par la toile de Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, jusqu’à la mort de Cézanne. "C’est-à-dire la vision nouvelle du cubisme et aussi la veille de la guerre de 1914", précise Gérard Gosselin. Dans cette fin du XIXe siècle, la peinture n’est pas seule à bousculer la société : la guerre de 1870, la fin de l’empire de Napoléon III, la Commune de Paris, la proclamation de la IIIe République, l’instauration de l’école laï̈que, obligatoire et républicaine, la séparation de l’Église et de l’État, l’apparition du chemin de fer mais aussi l’expansion coloniale en Afrique, l’affaire Dreyfus… "C’est également une période sociale forte, ajoute Martine Thomas, responsable du patrimoine en mairie et chargée de l’exposition, avec des conditions de travail très dures, une grande misère, des luttes durement réprimées, une banalisation de la prostitution, dont on retrouve trace dans les journaux."

Une plongée dans l'histoire, la presse et la peinture

Dessin de Renoir dans La Vie Moderne

La presse était en ce temps très dynamique, l’exposition présente une quarantaine de titres. "C’est la grande période des journaux, indique Gérard Gosselin, Napoléon III avait commencé à desserrer la censure et avec la République, la liberté d’opinion progresse. On y trouvait des dessins d’humour, des dessins d’actualité politique, des illustrations de textes, et des dessins qui seraient aujourd’hui des photos, des dessins de reportage. Vers 1900, ce sont parfois des photos qui sont reprises en dessin parce qu’on ne sait pas les reproduire."

Le peintre Gérard Gosselin s’intéresse surtout aux dessins de presse de… peintres. "Quand c’est un peintre, assure-t-il, il y a quelque chose en plus, et surtout il pense aussi à sa recherche, à sa peinture, et ça, c’est passionnant." Beaucoup dessinaient pour des raisons alimentaires, d’autres par conviction. Mais les visiteurs de la manifestation retrouveront presque tous les grands artistes de cette époque : Daumier, Monet, Renoir (ci-contre), Signac, Maximilien Luce, Charles Angrand, Félix Vallotton, Pierre Bonnard, Ibels, Van Dongen, Toulouse-Lautrec…