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  • l'intervention introductive de Bernard Bier, animateur des Assises
  • Vœux 2015 : discours d'Hubert Wulfranc, maire, suite aux attentats (partie1)

 

Le journal des Assises 1 | Co-éducation : le jeu des rôles

Les Assises de l’éducation ont débuté ce mercredi 16 novembre à la faculté des sciences du Madrillet. Les interventions ont permis d’associer le public – une centaine de personnes – à une réflexion sur la co-éducation. Ou comment permettre aux différents acteurs de l’éducation d’avancer ensemble. Qu’elle rime avec protection, socialisation, instruction ou émancipation, l’éducation n’est pas chose facile. C’est pourquoi, elle a tout intérêt à mobiliser une multitude d’acteurs. "C’est un des fondements de la démarche co-éducative qui consiste à gérer ensemble cette complexité, à la fois stimulante et ambitieuse", a souligné Frédéric Jésu, pédopsychiatre et consultant en matière de politiques éducatives locales. Agir ensemble entre adultes ? En associant parents, enseignants et élus ? Pas seulement, répondent les spécialistes de l’éducation qui étaient réunis pour ce premier acte des Assises. Car l’enfant, auquel la Convention internationale des droits de l’enfant reconnaît le droit d’expression (article 12), a forcément son mot à dire. C’est d’ailleurs l’un des principes qui fonde la démarche amorcée par la Ville de Saint-Etienne-du-Rouvray qui, dans son projet éducatif local comme plus largement dans son Projet de ville, entend "redonner une place à part entière aux enfants", comme l’a rappelé le maire, Hubert Wulfranc, en ouverture des Assises. 
Avec pour objectif d’associer les enfants, les parents, les enseignants, les animateurs… la co-éducation pose de nombreuses questions sur les relations d’échange, de dialogue, d’écoute qui peuvent se tisser entre ces différents acteurs dans cette double logique paradoxale : éduquer c’est tenir la main… et la lâcher ! Lors de cette première journée des Assises, quelques principes et pistes d’action ont semblé émerger. Premier chamboulement d’idées proposé par Frédéric Jésu : le fait que les enfants eux-mêmes ont des droits politiques à être entendus, consultés, force de proposition sur leur vie et leur ville. 
En second lieu, l’intervenant insiste pour replacer les parents comme "les premiers experts de l’éducation", avec la nécessité de "reconnaître la légitimité des deux parents à participer au projet éducatif. Ils ne sont pas seulement des consommateurs de service, mais aussi des acteurs. Ils ne sont pas seulement des sources de problèmes, ils sont aussi porteurs de solutions." Si à Saint-Etienne-du-Rouvray, la mise en place des Animalins a cherché à donner cette place aux parents, en les invitant à entrer dans les écoles, voire à participer à des activités avec leurs enfants, le lien entre les familles et les institutions, notamment l’école, n’est pas toujours évident. 

Souvent, "l’école apparaît comme un monde impénétrable", pour reprendre les termes de Pierre Périer. Sociologue et professeur en sciences de l’éducation à l’université de Rennes, il a tenté de décrypter quels étaient les freins à la participation des familles à la vie de l’école, notamment les familles populaires. Avec d’un côté de fortes attentes vis-à-vis de l’école, mais aussi une certaine méfiance, de nombreux parents ne se sentent pas à l’aise dans leurs relations avec les enseignants et le fonctionnement des écoles. Il n’est pas toujours facile pour eux de se positionner, de comprendre ce qu’on attend d’eux. D’où le constat que la notion de partenariat école-parents, si elle semble faire consensus peut en fait poser problème. "Même animé des meilleures intentions du monde, on risque de s’adresser à un parent idéal, à un sous ensemble de parents ", redoute Pierre Périer. En effet, qu’attend-on véritablement des parents ? Qu’ils fassent faire les devoirs des enfants, même s’ils ne parlent pas français où s’ils ont des horaires décalés ? Qu’ils interviennent ? Mais de quelle manière dès lors qu’il s’agit de ne pas cantonner à tenir les stands des fêtes de fin d’année… L’institution deviendrait ainsi un pouvoir, dont les classes populaires se sentent exclues parce qu’elles n’en possèdent pas les codes d’accès. Phénomène particulièrement sensible dans le cas de l’orientation. 
Le programme des deux jours qui viennent va permettre d’approfondir ces questions, de les considérer à la lumière des différents temps qui rythment la vie des enfants, et de continuer à sonder la nature des relations à tisser. En privilégiant la complémentarité des acteurs, l’objectif serait de les réunir autour d’une table "ronde", insiste Frédéric Jésu, "pour éliminer toute hiérarchie." Et une table ronde suffisamment vaste pour que chacun y trouve sa place, y compris les enfants et pour "qu’on renoue avec l’idée qu’il faut réfléchir de façon collective et solidaire, avec une notion d’en commun, poursuit le pédopsychiatre. À l’échelle d’un quartier par exemple, pour avoir une ambition collective." Voilà qui justifie de placer le projet éducatif local au cœur du projet de ville. 
Isabelle Friedmann