Le journal des Assises 2 | La réussite : devoir commun

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 17 novembre, les Assises de l’éducation se sont interrogées sur les moyens à mettre en place pour favoriser la réussite de tous. Quels sont les échanges de méthodes, de pédagogies, d’expériences qui pourraient profiter à tous les acteurs de la réussite éducative ? Vers quelle organisation des temps de l’enfant faut-il tendre pour atteindre cet objectif ? Loin de la vision idéale d’une "table ronde éducative", telle qu’elle avait été proposée, mercredi 16 novembre, comme un objectif, la réalité prouve aujourd’hui que les différents acteurs de l’éducation des enfants ne parviennent pas toujours à agir en complémentarité. C’est un constat qui ressort des Assises, un obstacle à surmonter. "Il y a encore des relations de type hiérarchique entre le scolaire, le périscolaire, le parascolaire", a ainsi regretté Laurent Lescouarch, maître de conférence en sciences de l’éducation à l’université de Rouen. Une hiérarchie mais aussi, souvent, la coexistence de formes d’éducation très différentes : très formelle, la pédagogie scolaire est organisée, évaluée, voire rigide ; informelle, la relation éducative au sein de la famille ne suit pas de plan, elle est plus naturelle. Entre les deux, le modèle non-formel des mouvements d’éducation populaire inspire notamment les centres socioculturels. 
Ces différentes approches de l’éducation sont-elles liées aux formations des adultes qui les appliquent ? Quelle est la place du savoir dans les compétences requises ? Quelles sont les autres qualités que les enfants auraient besoin de trouver auprès des adultes qui les accompagnent ? Quand l’élève n’a pas compris, faut-il lui faire refaire ? Est-ce qu’il ne faut pas être capable de modifier une pédagogie qui ne peut pas être efficace avec tous ? "Travailler plus pour apprendre plus, c’est un principe à discuter, peut-être vaut-il mieux travailler autrement !", a lancé Laurent Lescouarch pour ouvrir de nouvelles pistes de réflexion. 
La question des devoirs a naturellement trouvé sa place dans ces questionnements. Car si "l’école est un monde impénétrable", comme l’avaient laissé entendre certains intervenants, hier, elle n’hésite pas, en revanche, à déléguer. "Depuis les années 1980, l’école a externalisé la difficulté scolaire", a ainsi résumé le sociologue Bernard Bier. Une externalisation qui fait vivre l’industrie commerciale du soutien scolaire, mais qui pèse aussi, et en premier lieu, sur les familles. "La mobilisation des familles autour des devoirs est un phénomène de grande ampleur, a expliqué Séverine Kakpo, de l’université Paris VIII. 95 % des mères sont mobilisées sur cette tâche en élémentaire, 84 % au collège et 53 % au lycée." Une lourde tâche qui concerne toutes les catégories sociales. "Malgré leur sentiment d’incompétence, les familles se mobilisent, au prix de fortes tensions", a expliqué l’universitaire, qui a mené une enquête en Seine-Saint-Denis. 
De fortes tensions et de fortes inégalités aussi puisque tous les parents ne sont pas à égalité pour aider leurs enfants. Dans ces conditions, selon Séverine Kakpo, "il serait bon que l’école soit son propre recours, plutôt que d’exporter et de transformer les familles en auxiliaires pédagogiques". Ce qui ne signifie pas que les parents et les familles n’ont pas leur rôle à jouer dans la réussite éducative. Car la réussite éducative n’est pas uniquement scolaire, elle investit d’autres champs que l’école, d’autres temps aussi. 
C’est ce que les Assises ont voulu mettre en valeur, en posant notamment la question de l’articulation des temps de l’enfant, entre rythmes scolaires et rythmes de vie. Agnès Cavet, chargée d’études et de recherche à l’Institut français de l’éducation, a ainsi présenté différentes expérimentations étrangères, montrant que certains pays ont cherché à augmenter le temps de classe, sans grands résultats, tandis que d’autres se sont donné les moyens de mieux utiliser le temps déjà consacré aux apprentissages scolaires. "Dans certains pays, on travaille sur la synergie entre le temps scolaire et les autres temps éducatifs, avec parfois des lieux de vie qui fédèrent les activités scolaires, périscolaires et de loisirs", a présenté la chercheuse. Comme en Allemagne, en Autriche et en Suisse où des expériences d’écoles ouvertes ont été menées. 
Une piste pour mieux organiser la complémentarité des acteurs ? Les politiques publiques locales peuvent sans doute en proposer d’autres, en réfléchissant plus largement à la place de l’enfant dans la ville. C’est le menu du dernier acte des Assises qui se joue vendredi 18 novembre au matin à la faculté des sciences du Madrillet. 

Isabelle Friedmann