Chaque âge cherche son toit

Prise de parole d'habitantes de la tour Aubisque, réservée aux personnes âgées, lors du débat du 7 février.

C’est au logement des personnes âgées que les Assises de la solidarité ont consacré leur deuxième soirée : adaptation de l’habitat, anticipation des effets du vieillissement, cohabitation des différentes générations dans la ville… Les questions suscitées par ce thème sont nombreuses et nous concernent tous.

Onze marches pour accéder à la porte d’entrée de sa maison, puis treize pour aller dans la cuisine et un étage à monter pour prendre sa douche… La maison qu’occupe Geneviève, dans la cité des Castors, depuis 1960, exige une bonne condition physique, alors que sa propriétaire n’a plus ses muscles de jeune fille… Aujourd’hui totalement autonome, la dame, venue participer aux Assises de la solidarité, considère même que ses escaliers la maintiennent en forme… "Mais pour combien de temps encore ? ", interroge Fabienne Martin qui, travaillant au Clic (centre local d’information et de coordination pour les personnes âgées), est régulièrement confrontée aux difficultés liées au vieillissement et à la perte d’autonomie. Inadaptation des logements et moyens financiers limités de leurs occupants, la situation risque de ne pas s’arranger, puisque, comme l’a souligné Bruno Lafosse, directeur de la communication de la Ville, "la France comptera 8 millions de personnes âgées de plus de 75 ans en 2030 et 1,2 million de personnes dépendantes en 2040 contre 800 000 aujourd’hui". Les loger dans des équipements adaptés soulève des questions à la fois d’équipement, de financement et de vivre ensemble qui ont été abordées, hier soir, dans les locaux du foyer restaurant pour seniors Geneviève-Bourdon.

Rester chez soi avant tout

Première donnée relevée : les personnes âgées souhaitent avant tout rester chez elles. "Leur maison, c’est leur identité, leurs souvenirs, a rappelé Géraldine Bretteville, responsable du service Vie sociale des seniors, c’est très important de pouvoir rester chez soi". Attentifs à cette volonté, tous les partenaires présents aux Assises, la Ville, le Conseil général, la Créa ou encore le Foyer Stéphanais, cherchent à favoriser l’adaptation des logements, dans le parc public comme dans le secteur privé. "Depuis 5 ans, on a investi, en conseil et en aides, 922 000 euros pour installer des monte-escaliers, transformer des baignoires en douche ou encore procéder à des travaux d’isolation, qui permettent de réduire la facture énergétique", a ainsi expliqué Sylvie Linant, du centre départemental d’adaptation de l’habitat qui tient une permanence stéphanaise. 
Adapter le logement et permettre des économies d’énergie sont deux aspects importants du maintien à domicile qui pose des questions à la fois de mobilité mais aussi de ressources, quand il faut entretenir une grande maison. Or, on sait que la crise économique frappe non seulement les ménages en activité, mais aussi les retraités et particulièrement les plus âgés. 
Dans ce contexte, le Conseil général, qui gère l’allocation de perte d’autonomie (versée tous les mois à 575 Stéphanais) et pilote la politique gérontologique, sur son territoire, travaille actuellement, comme l’ont expliqué, hier soir, ses représentants, à la réactualisation de son schéma départemental en faveur des personnes âgées.

Quels services, quel environnement urbain ?

Si la question du logement y a sa place, elle fait aussi partie des réflexions menées à l’échelle de la ville, qui compte aujourd’hui 4 800 personnes de plus de 65 ans. "Nous ne partons pas de rien sur le sujet, a estimé Francine Goyer, adjointe au maire aux retraités et des personnes âgées. Nous avons des résidences pour personnes âgées, la résidence Wallon, un Ehpad, mais est-ce suffisant ? " Pour Michel Caron, le directeur de l’urbanisme de Saint-Etienne-du-Rouvray, il faut "prendre en compte le vieillissement de la population dans les projets de développement urbain et être capable de fournir plusieurs types de réponses, en termes d’habitat mais aussi d’environnement urbain, d’équipements publics, de services…" 
La création de la résidence évolutive Wallon en 2007 a par exemple constitué une réponse innovante dont les professionnels comme les occupants semblent être satisfaits : "Elle présente des enseignements techniques, comme la présence de deux ascenseurs, de volants roulants électriques ou de prises en hauteur qu’on essaie de reproduire dans d’autres constructions", a expliqué Franck Ernst du Foyer Stéphanais. Si certaines installations sont coûteuses, comme le double réseau d’ascenseurs, d’autres aménagements, au contraire, pourraient être systématisés dans les constructions neuves, y compris celles qui ne s’adressent pas spécialement aux personnes âgées : "On aurait la possibilité de préfigurer les besoins d’une population vieillissante, a noté Michel Caron, avec des idées de bon sens, peu coûteuses, comme l’installation de douches, la hauteur des prises électriques ou des fenêtres pour que, même en fauteuil, on puisse regarder à l’extérieur".

Les projets de développement urbain de la ville doivent intégrer ces données, ainsi que la question de la création ou non de quartiers réservés à des personnes âgées : faut-il regrouper les populations par classe d’âge, afin de respecter leur rythme de vie, comme ce fut le cas dans la tour Aubisque, ou au contraire encourager la mixité des âges comme on prône la mixité sociale ? Une vraie question de société qui touche au cœur même de la thématique de ces Assises de la solidarité. 

Isabelle Friedmann