Mercredi 8 février : place à votre santé

Pour la troisième soirée des Assises de la Solidarité, médecins, mutualistes, travailleurs sociaux, élus locaux étaient réunis à la salle festive pour évoquer la question de plus en plus sensible de l’accès de tous aux soins.

Deux obstacles majeurs freinent aujourd’hui l’accès au soin : la pénurie de médecins et le manque de ressources des patients. Deux obstacles qui se cumulent, parfois, dans certains coins de France, où le désert médical contraint les habitants à faire des kilomètres pour trouver un toubib, alors qu’ils auraient déjà à peine eu les moyens d’en consulter un près de chez eux. 
Si à Saint-Etienne-du-Rouvray, grâce à la présence de 16 médecins généralistes, on ne parle pas de désert médical, les problèmes sont tout de même là : pas un seul spécialiste n’a installé son cabinet sur le territoire communal et les délais d’attente pour un rendez-vous au CMP (centre médico psychologique), chez un orthophoniste ou un dentiste de la région peuvent avoisiner la demie année… "Avec 400 patients en file active au CMP, on ne peut pas les suivre toutes les semaines ou tous les 15 jours, comme il le faudrait, a par exemple expliqué le docteur Patrick Hourdé, médecin psychiatre au centre hospitalier du Rouvray. On a plutôt des délais de 6 à 8 semaines entre chaque rendez-vous".

Combattre le renoncement aux soins

Mais c’est surtout l’appauvrissement des familles qui entraîne à Saint-Etienne-du-Rouvray le renoncement aux soins : "Nous accueillons au Château Blanc une population très précarisée", a insisté le docteur Chloé Argentin, généraliste. Si la jeune femme évalue à 30% la part de sa "patientèle" qui bénéficie de la couverture maladie universelle, c’est surtout pour les autres qu’elle s’inquiète le plus, pour tous ceux qui ont des revenus à la fois supérieurs aux critères d’obtention de la CMU, mais insuffisants pour se payer une mutuelle… "Un salaire ne suffit plus pour pouvoir se soigner, a renchéri Daniel Courval de la Mutualité des agents territoriaux. Avec 1 700 euros par mois, beaucoup renoncent à souscrire une mutuelle…" Et donc à se soigner. "Quand il faut payer des boîtes de médicaments et des forfaits, pour des familles de 3 ou 4 enfants qui n’ont ni la CMU, ni de mutuelle, c’est un vrai problème", insiste le docteur Argentin qui estime que 15% de ses patients se trouvent dans cette situation. Sans compter les délais d’instruction ou de renouvellement des dossiers de CMU, "ça oblige les gens à attendre avant d’aller voir le docteur", a regretté Néné Camara, de l’Aspic.

À quelques semaines d’échéances électorales nationales, alors que la santé est peu présente dans la campagne, comment faire pour que le modèle français de santé publique ne sombre pas ? Comment garantir aux plus démunis l’égalité d’accès aux soins ? En inscrivant le sujet au programme de ses Assises et au cœur de son projet de ville, la Ville a souhaité attirer l’attention de tous sur ces questions. Et débattre collectivement de la capacité d’action de chacun. Si la santé ne relève pas des compétences municipales, de plus en plus de communes françaises essaient tout de même de trouver de nouveaux moyens pour garantir à leurs habitants le droit à la santé. "Comme l’éducation, via l’implantation d’écoles sur tout le territoire national, l’accès aux soins devrait aussi quadriller le pays", a revendiqué Michelle Ernis, conseillère municipale et conseillère régionale.

Une maison de santé ?

L’exemple de Neufchâtel-en-Bray est à ce titre intéressant : "En avril prochain, nous y ouvrons la première maison de santé pluridisciplinaire de la région, est venu expliquer le docteur Jacques Frichet. Notre objectif est de faciliter l’accès aux soins de premier recours." En réunissant 12 médecins généralistes, cette maison de santé constitue une réponse à la désertification médicale qui sévit dans cette zone rurale. 
Une solution d’avenir qui présente des avantages pour les patients comme pour les médecins. Les premiers trouvent, réunis en un même lieu, plusieurs professions médicales conventionnées et pratiquant, généralement, le tiers payant. Quant aux professionnels, c’est pour eux une nouvelle façon d’exercer leur métier : "La concurrence en médecine est ridicule, a lancé le docteur Frichet. Il faut travailler en équipe et créer des synergies avec les spécialistes, les infirmières, les kinés… Pour cela, il faut tout d’abord la mobilisation des médecins, mais aussi un dialogue avec les élus. "À Saint-Etienne-du-Rouvray, on attend la signature avec l’agence régionale de santé d’un contrat local de santé qui pourrait permettre d’envisager "de nouveaux dispositifs d’accès aux soins et de prévention", a annoncé, hier soir, Francine Goyer, adjointe au maire chargée des questions de santé. La multiplication des pôles et des maisons de santé "intéresse la mutualité, a souligné de son côté Daniel Courval, car nous voulons garantir la continuité des soins". Et encourager la prévention et l’éducation à la santé. Car souvent, au-delà même du fait que l’offre médicale ne répond pas à la demande, la demande elle-même n’est pas toujours à la hauteur des besoins : certaines personnes, en effet, connaissent des problèmes de santé, mais ne se dirigent pas pour autant vers le soin. Un sujet préoccupant qui rejoint la thématique du non-recours aux droits à l’ordre du jour du dernier débat des Assises de la solidarité. 

Isabelle Friedmann