Un avant-goût des temps modernes

Électricité, téléphone, transports mécaniques, photographie, consommation de masse, mais aussi mondialisation économique, internationalisme ouvrier, circulation rapide des informations, démocratie et liberté de conscience… l’essentiel de ce que nous vivons aujourd’hui fit ses premiers pas au XIXe siècle.

La vision de Hugo par Steinlen

Bien qu’il y eût un bref intermède républicain entre 1848 et 1852, la république ne s’installera progressivement qu’à partir de 1870. Cette IIIe République naît d’une déroute militaire (face aux Prussiens) et s’ouvre sur le massacre des communards parisiens (mai 1871). Un bien funeste acte de naissance pour un régime pourtant profondément démocratique qui saura imposer, et pour le bien de tous, l’école obligatoire, gratuite et laïque (1882), la liberté de la presse (1881) et syndicale (1884), l’élection des maires (1884), la séparation de l’Église et de l’État (1905)…

Quoique prenant naissance au cœur du second Empire — et encouragé par Napoléon III qui permettra la tenue du Salon des refusés de 1863 —, l’impressionnisme prend donc son essor aux côtés des idées républicaines, voire, bien souvent, de celles de l’Internationale ouvrière ou de l’anarchisme militant.

Mais une autre réalité reste associée à ce républicanisme triomphant de l’époque impressionniste. La France étend son empire colonial en Afrique du Nord et subsaharienne et à Madagascar. Le maître d’œuvre de cette expansion coloniale est Jules Ferry, l’homme d’État à qui la IIIe République doit la conquête des libertés collectives. "L’impérialisme du drapeau accompagne l’impérialisme économique, dans la mesure où les colonies et les protectorats peuvent être à la fois des lieux de débouchés, notamment pour les produits textiles, et des lieux d’approvisionnement en matières premières", note l’historien et professeur à l’Université de Rouen Yannick Marec.

Coïncidence révélatrice d’une époque où l’esprit de liberté côtoie celui de servitude : c’est lors de l’exposition coloniale de 1896 à Rouen, qu’est organisée la toute première grande exposition impressionniste normande, à l’Hôtel du Dauphin et d’Espagne du collectionneur Eugène Murer… "L’économie rouennaise, notamment assise sur le négoce du vin d’Algérie et la production textile, doit son développement, à cette époque, aux colonies d’Afrique", confie d’ailleurs Yannick Marec.

Le mouvement ouvrier s'organise

défilé de mineurs grévistes dans le Pas-de-Calais  en 1906La seconde moitié du XIXe siècle est également marquée par l’organisation du mouvement ouvrier. Par la loi du 25 mai 1864, Napoléon III reconnaît aux travailleurs le droit de grève. Cette avancée sociale est davantage due à un retournement politique qu’à un réel sentiment de justice sociale… L’empereur est en effet contraint de trouver "de nouveaux alliés du côté de la petite bourgeoisie et du monde ouvrier par une libéralisation politique et sociale", indique l’universitaire. Napoléon III étant à la fois privé de l’appui des catholiques (suite à la campagne d’Italie qui lui vaudra l’hostilité de la papauté) et de celui des industriels qui lui reprochent son traité de libre-échange signé avec la Grande-Bretagne en 1860. "Mais à peine la conscience ouvrière apparaît-elle, reprend Yannick Marec, que le pouvoir s’attache à la faire taire et à la casser." Cette période voit également émerger l" ouvrier spécialisé" avec les nouvelles organisations du travail venues d’Amérique, explique l’historien, "c’est le début du taylorisme, les patrons commencent à intégrer la notion de productivité." La IIIe République conserve une certaine crainte de l’ouvrier comme en témoigne la fusillade de la commune de Fourmies (1er mai 1891) où la troupe tue neuf personnes. En 1906, la condition des travailleurs reste tout autant tragique comme en témoigne la catastrophe minière de Courrières avec ses 1200 morts.

Le mouvement impressionniste est également contemporain d’un phénomène dont nous constatons aujourd’hui encore les conséquences sur le développement économique. À mesure que l’économie s’ouvre à la mondialisation, les crises financières internationales se succéderont en effet tous les vingt ou trente ans, dès les années 1840… Spéculations et faillites bancaires en sont déjà les causes. À cette période, les spéculateurs fondent leurs espoirs de revenus rapides et "juteux" sur le développement du chemin de fer, créant des "bulles" qui éclatent en laissant sur le carreau des millions de travailleurs. 1857 : ruée vers l’or et nouvelle bulle spéculative sur les industries métallurgiques… 1865 et 1873 : le boom ferroviaire suscite à nouveau la cupidité des spéculateurs et affecte le marché immobilier !

Entre crises financières et émergence d’une conscience ouvrière, entre restaurations, empires et républiques, le XIXe siècle est, à bien des égards, porteur des grandes lignes de fracture qui traversent aujourd’hui encore nos sociétés et font encore la une de nos journaux !

Quelques repères historiques

1848-1852 : IIe République. Instauration du suffrage universel masculin et abolition de l’esclavage. Coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte qui devient prince-président de la République.

1852-1870 : Second Empire. Le Président Bonaparte devient Napoléon III, empereur des Français.

1870 : Guerre franco-prussienne. Défaite et capture de Napoléon III par les Prussiens. Perte de l’Alsace-Moselle.

1871 : Commune de Paris.

1870-1940 : IIIe République.

1894-1906 : Affaire Dreyfus.