La collection Gosselin, quelle histoire

portrait du peintre et collectionneur Gérard Gosselin

L’exposition stéphanaise est née d’une passion, celle de Gérard Gosselin peintre stéphanais et grand collectionneur. Il collectionne, dit-il, " tout ce qui touche aux peintres, ce que les peintres font en dehors de leur peinture, dessins de presse ou affiches, notamment les affiches politiques". Autant dire qu’il s’agit d’une passion raisonnée, comme une suite réfléchie de son propre travail, puisque Gérard Gosselin, peintre abstrait, a lui-même signé des affiches et des maquettes de journaux. "Dans ce domaine, les peintres ont un regard différent des graphistes. Consciemment ou non, le peintre pense à son œuvre, à sa propre création, malgré la commande", juge-t-il. Sa collection de dessins de presse couvre jusqu’aux années 1950. Une partie a déjà donné lieu à une première exposition, Picasso et la presse, en 2000, exposition conçue pour la Fête de l’Humanité et qui continue sa carrière dans divers musées européens, à Liverpool, Dresde, Vienne et Berlin. Une collection enrichie dans la perspective de l’exposition par exemple avec le dessin représentant la dégradation du capitaine Alfred Dreyfus. Dans cet esprit, à quelques semaines de l’ouverture de l’exposition, Gérard Gosselin était encore à la recherche d’une Tour Eiffel qu’il finit par dénicher in extremis, dans un exemplaire de L’Illustration du 4 mai 1889… Les journaux, soigneusement rangés dans de grandes boîtes en carton, sont annotés, car le collectionneur effectue des recherches historiques pour les re-situer dans leur contexte politique, social, artistique.

La richesse d'un musée personnel

Cette deuxième exposition donne à voir, de Daumier à Toulouse-Lautrec, toute la richesse de son musée personnel : diversité des artistes qui se sont pliés à l’exercice du dessin de presse, mais aussi diversité des journaux et des techniques utilisées tout au long de la deuxième moitié du XIXe siècle. Sur tous les aspects, Gérard Gosselin est quasiment incollable. Vous expliquant aussi bien la technique de gravure sur bois debout pour les grands tirages, la place de tel journal dans la société de l’époque, ou les motivations des peintres qui ont fait du dessin de presse. "Les peintres dessinaient dans la presse souvent pour des raisons alimentaires, mais certains chez les post impressionnistes, les pointillistes, Paul Signac, Maximilien Luce, Charles Angrand, dessinent beaucoup par conviction dans les journaux anarchistes, détaille Gérard Gosselin. Les impressionnistes ont fait peu de dessins de presse, sauf Renoir qui dessine dans La Vie moderne, où son frère est rédacteur en chef, et qui défendait la peinture moderne. Plus tard les Nabis théorisent, pour eux l’art est dans tous les domaines, affiches, décors de théâtre, céramique, presse… C’est Vallotton, Ibels, Bonnard ". Cette nouvelle génération s’incarne dans Toulouse-Lautrec qui fit plus de cent dessins de presse, des reportages sur le cirque, des portraits… Mais la collection de Gérard Gosselin se poursuit au-delà : Kupcka, Van Dongen, Juan Gris, Marcoussis, Picasso — qui signait Ruiz à ses débuts —,Villon… ces peintres qui devinrent fauves ou cubistes ont aussi dessiné pour les journaux, signe d’une relation décidément suivie entre presse et peinture.