Journaux et dessins : naissance

d’un contre-pouvoir

La couverture du Petit Parisien sur les événéments de Fourmies

"Le XIXe siècle est le grand siècle de la presse écrite ", Yannick Marec, historien et professeur à l’université de Rouen, évoque la profusion des journaux durant le second Empire et la IIIe République. "On en compte des milliers qui paraissent de manière épisodique au gré des courants et des manifestations politiques. La presse écrite, c’est le vecteur moderne de l’époque !". Les débats journalistiques se cristallisent notamment autour de l’influence de l’Église. " Il existe un courant anticlérical très fort, explique-t-il. Les débats sont beaucoup plus virulents que maintenant, mais il faut mettre un bémol : il n’y a pas les catholiques d’un côté et les républicains de l’autre. La situation est plus nuancée avec le ralliement du pape Léon XIII à la République en 1890."

L’affaire Dreyfus

On ne peut évidemment évoquer la presse de la seconde moitié du XIXe siècle sans parler de l’affaire Dreyfus. En 1894, le capitaine Dreyfus est injustement accusé d’espionnage. La France se divise alors violemment entre presse "anti-dreyfusarde" et "dreyfusarde". Cette ligne de fracture sera surtout révélatrice de l’antisémitisme qui traverse le pays, le capitaine Dreyfus étant juif. Dans cette crise, les journaux se révéleront des acteurs de poids…

Ce sera en effet grâce à un célèbre article d’Émile Zola du 13 janvier 1898, dans le journal "L’Aurore", que l’affaire prendra un tour décisif en faveur de l’innocence de Dreyfus. Ce "J’Accuse… "de Zola sera le symbole d’une presse de "contre-pouvoir" désormais bien installée dans la sphère publique.

Le dessin en bonne place

Dessin de L'Assiette au Beurre, contre le colonialisme

C’est par le fait divers que le dessin apparaît dans la presse écrite, comme l’explique Philippe Bissières, graphiste-scénographe de l’exposition consacrée aux dessins de presse à l’époque impressionniste : "Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les journaux étaient des feuilles recto verso à parution épisodique. Ils rapportaient des faits divers horribles. Un même dessin pouvait être repris à quelques années d’intervalle pour illustrer des faits divers différents mais semblables…". Du fait divers toujours prompt à susciter l’intérêt du lecteur, le dessin deviendra ensuite illustration du reportage écrit, "les scènes sont reconstituées par l’artiste d’après le récit qu’en donne le journaliste. On reconnaissait les personnages célèbres et le reste découlait de l’imagination de l’artiste…", ajoute Philippe Bissières.

Même si la photographie apparaît dès les années 1830, il faut attendre un siècle pour que la photo de reportage gagne sa place dans les médias écrits. Appareils lourds et encombrants, incompatibles avec le traitement du fait divers ou du reportage, la photo souffre également très longtemps d’un manque de procédé mécanique capable de reproduire les clichés sur du papier. C’est en 1880, aux États-Unis, que la première photographie sera publiée dans la presse. Mais le procédé ne se généralise que bien plus tard… "Les procédés longtemps utilisés pour reproduire les images étaient la gravure sur bois ou sur pierre, reprend le scénographe. Quelques peintres se sont livrés à la reproduction de leurs toiles pour la presse, mais c'est surtout Claude Monet qui est parvenu à inventer et utiliser une technique originale."