À la une | 14/11/2018

Violences en ligne

Le terreau du sexisme se nourrit de diverses influences, dans la famille, à l'école, dans la rue. À l'adolescence, les réseaux sociaux contribuent aussi à construire une image de la femme susceptible de favoriser plus tard le harcèlement physique et/ou psychologique.

« Le numérique est un territoire où les jeunes filles et les femmes doivent pouvoir se maintenir. Et ce n'est pas gagné parce que, là encore, au sein des réseaux sociaux, il semble qu'elles ne sont pas légitimes à s'exprimer pour tout le monde. Plus globalement, sur le numérique comme ailleurs, on touche à la question de la place de la femme dans notre société », explique Aurélie Latourès, chargée d'études à l'observatoire régional des violences faites aux femmes, centre Hubertine-Auclert. Cette mise en garde s'appuie sur divers constats qui témoignent que les violences qui s'expriment en ligne à l'égard des jeunes filles les réduisent souvent à leur apparence physique. « Le fonctionnement des réseaux sociaux se marie bien avec le sexisme : le rôle de l'image et la place centrale des commentaires pour juger, noter, scruter l'apparence et la sexualité des jeunes filles », insiste Aurélie Latourès. 24H/24, et bien des jours, des mois voire des années plus tard, les réseaux sociaux propagent les insultes, les rumeurs, les photos avec un effet d'emballement dû à la viralité sur le net.

Victime populaire

Dans cet univers soi-disant virtuel et derrière la frontière de l'écran, les jeunes n'ont pas forcément conscience des conséquences que peuvent avoir leurs actes. « Ils ont du mal à identifier la portée de leurs actes, y compris quand ils se contentent de liker un commentaire violent, vulgaire, agressif », insiste Christophe Dalibert, responsable du développement social à la Ville. Parce que la notion de réputation est plus pesante chez les filles à l'adolescence, « elles s'exposent davantage et se mettent plus en danger, souligne Aurélie Latourès. Plus d'une fille sur cinq, entre 12 et 15 ans, rapporte avoir été victime d'insultes. » Dans les faits, les violences sexistes et sexuelles s'exercent à la fois en ligne et hors ligne. Elles demeurent imbriquées et tout aussi réelles et dévastatrices dans une sphère ou l'autre.

Cadre légal

Privilégiant la prévention, le département tranquillité publique de la Ville intervient régulièrement auprès des collégiens stéphanais pour un rappel des fondamentaux. « Nous commençons par présenter toutes les formes de sexisme ordinaire qui s'exercent dans la rue, dans les transports, à l'école et sur internet. Nous insistons aussi sur le cadre légal. Le harcèlement via les réseaux sociaux est un délit à part entière », insiste Martin Dermien, en charge du volet prévention. En France, un auteur de harcèlement en ligne, s'il est âgé de plus de 13 ans, encoure une peine qui peut aller jusqu'à un an de prison. À la fin, il ne s'agit pas de dénigrer systématiquement les réseaux sociaux mais d'en faire bon usage. « Ce sont aussi des espaces de liberté et de créativité. Le numérique permet des explorations des rapports aux autres et à soi. Des espaces d'expression et une manière de s'ouvrir aux autres », conclut Aurélie Latourès.

> Téléchargez le programme de la semaine de lutte contre les violences faites aux femmes, du 19 au 22 novembre 2018

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