À la une | 25/05/2018

Grève de la faim au centre hospitalier du Rouvray

Au quatrième jour de leur grève de la faim, vendredi 25 mai, les cinq soignants du centre hospitalier du Rouvray (CHR) sont déterminés à «aller jusqu'au bout» pour remédier à une situation qui, selon eux, met les personnels et les patients en danger.

Organisés en intersyndicale CGT-CFTC-CFDT-SUD, les grévistes et leur comité de soutien réclament la fin immédiate de la suroccupation des lits, la fin de l'accueil de patients mineurs dans des unités d'adultes (lire le Stéphanais n° 246) ou bien l'embauche de 52 soignants supplémentaires dont le renfort permettrait tout juste de parvenir, disent-ils, à «un fonctionnement à la limite de l'acceptable».
«Nous sommes persuadés qu'à son échelle la direction du CHR peut faire quelque chose pour remédier à la situation mais si l'État s'y mettait, cela arrangerait évidemment tout», expliquent les cinq grévistes de la faim Thomas Petit, infirmier (SUD), Anne Aubrun, infirmière (SUD), Marc-Aurélien Ducourtil, aide-soignant (CFTC), Jean-Yves Herment, infirmier (CFDT) et Bruno Fresnard, infirmier (CGT), rejoints au quatrième jour de leur action par Manos Kappatos, infirmier (CFTC).
Désormais au nombre de six, les grévistes de la faim ont installé leurs tentes dans le hall d'entrée du bâtiment de la direction de l'hôpital psychiatrique où ils passent leurs nuits. Ils se disent déterminés: «On continuera tant qu'on n'aura pas obtenu les 52 postes de soignants supplémentaires, et on ne descendra pas en-dessous de ce chiffre», affirment-ils.
Les grévistes estiment avoir tout essayé depuis le début de leur mouvement en mars dernier, avant d'en arriver à cette extrémité qui met leur santé en danger: «On n'en arrive pas à faire une grève de la faim par gaieté de cœur mais comme ni la direction de l'hôpital ni l'ARS [agence régionale de santé, ndlr] ne veulent prendre leurs responsabilités, on prend la nôtre. On est au pied du mur, maintenant.»
Hier, jeudi 24 mai, la direction du CHR a publié un communiqué de presse (relu et validé par l'ARS) dans lequel elle affirme continuer le dialogue avec l'intersyndicale et le comité de grève, ce que les grévistes démentent.
Dans ce communiqué, la direction affirme en outre avoir mis en place un ensemble d'actions destinées à «résorber la suroccupation des lits», lesquelles se seraient traduites par le recrutement de «5 personnels contractuels», «la mise en place d'un dispositif de gestion de crise», «l'établissement d'un nouveau mode de sortie des patients de l'Unacor [les «urgences» de l'hôpital, ndlr] et la «mise en place de plages de consultations d'urgence dans les CMP [centre médico-psychologiques, ndlr]».
Forte de ces «actions», la direction indique que «le taux d'occupation des lits en avril 2018 est […] de 97,9%, c'est-à-dire le taux d'occupation le plus faible jamais enregistré», ajoutant en caractères gras: «Il n'y a donc plus de suroccupation dans l'établissement depuis la mise en œuvre de ces mesures».
Invités à réagir à ce communiqué (que ne leur avait pas transmis la direction), les grévistes de la faim la qualifient de «déclaration de guerre».
Une indignation que le choix des mots utilisés par la direction n'aura sans doute fait qu'amplifier. Dans le même communiqué, la direction indique en effet que l'ARS «doit réaliser dans les semaines à venir une enquête inopinée». À défaut de surprendre par son caractère imprévu, l'enquête de l'ARS aura au moins le mérite de surprendre par le caractère «inopiné» de son annonce…
«Nos collègues sont en danger tous les jours, les patients aussi, insistent plus sérieusement les grévistes de la faim. Il y a des gamins de 12 ou 13 ans hospitalisés dans des chambres de quatre avec des adultes. La direction prétend que c'est un pic d'activité passager mais en réalité cela fait six ans que ça dure. Quand on a commencé à protester en 2012 sur le problème de suroccupation, on a obtenu un million d'euros et un renforcement d'effectif de 14 collègues, alors que le problème était moins préoccupant qu'aujourd'hui. La situation est maintenant bien plus grave qu'il y a six ans, or ni l'ARS ni la direction de l'hôpital ne veulent nous entendre. Ils continuent à diminuer l'offre de soin sur le territoire, ils ferment des structures de jour et nous expliquent qu'il faut renforcer l'ambulatoire!»
Les grévistes de la faim sont également soutenus par le collectif des blouses noires. «Ce collectif rassemble une vingtaine de personnels syndiqués et non syndiqués, indique l'un de ses membres, Nicolas Fourneyron, il vient en complément des syndicats avec peut-être une plus grande liberté d'action».
Le maire et conseiller régional Joachim Moyse viendra leur apporter son soutien aujourd'hui vers 17h30.
L'intersyndicale, leur comité de soutien et le collectif des blouses noires organisent dimanche 27 mai, à partir de 16h30, un café solidaire devant le bâtiment de la direction de l'hôpital.

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