À la une | 18/07/2018

Les abeilles, âmes de l’été

La mairie et trois apiculteurs étudient l’installation de ruches en milieu urbain, sans risque pour la population. Décimées dans les champs, les abeilles trouvent refuge en ville.

"Ça m’a pris à l’intérieur, c’est un lien qui s’est créé", explique Romain Hitzmann, l’un des trois apiculteurs stéphanais à avoir demandé au maire l’autorisation d’installer leurs ruches sur des terrains municipaux, "au calme et pas trop loin des fleurs".
Avec Florent Montedori, ces deux Stéphanais sont tombés amoureux des abeilles depuis peu, en marge de leurs métiers d’officier portuaire et de directeur de projet dans l’informatique. Mais grâce à la passion et aux conseils avisés d’Yves Baville, apiculteur depuis près de cinquante ans, Florent et Romain sont devenus des apiculteurs éclairés.
Leur savoir pourrait toutefois définitivement s’obscurcir de deuil si ces "âmes de l’été", telles que les qualifie le poète Maurice Maeterlinck, ne font pas rapidement l’objet de mesures de protection. "On a été affectés par l’hécatombe de cet hiver", reconnaissent ces amoureux de l’Apis mellifera mellifica, le nom savant de l’abeille noire de nos régions.
Sur certains territoires de France, plus de 80% des colonies d’abeilles ont été décimées cet hiver. L’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) parle de mortalité "catastrophique". Devant l’ampleur du désastre, les apiculteurs français se sont mobilisés le 7 juin dernier afin d’alerter les pouvoirs publics sur cette mortalité massive qui, loin de ne concerner que les amateurs de miel*, représente surtout un risque majeur pour "notre avenir collectif [...] au cours du XXIe siècle", selon un rapport de l’ONU publié en 2011: "Sur les cent espèces végétales qui fournissent 90% de la nourriture dans le monde, plus de 70% dépendent des abeilles pour leur pollinisation."
* La production française s’est effondrée entre 1995 et 2017 de 32000 à 10000 tonnes (source : Unaf).
Les pesticides agricoles de la famille des néonicotinoïdes sont notamment pointés du doigt par les apiculteurs. Bien que mis en cause depuis 2013 par l’Agence européenne pour la sécurité des aliments, l’Union euro- péenne n’aura voté leur interdiction que le 27 avril dernier. Mais elle n’entrera en vigueur qu’en 2019.
Les pesticides ne sont cependant pas les seuls responsables de cette hécatombe, expliquent les trois apiculteurs stéphanais : « Le frelon asiatique est aussi responsable, il chope l’abeille en vol et cette dernière ne peut pas se défendre. »
Compagne de l’homme depuis au moins sept mille ans, l’abeille est donc aujourd’hui menacée et, avec elle, notre avenir alimentaire. Les accueillir dans les recoins calmes de nos villes, sur les toits, dans les parcs, à l’écart de l’agitation, pourrait contribuer à les protéger... Mais ce ne sera pas suffisant.

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