À la une | 24/04/2015

La santé n’est pas qu’affaire de soins

Avec pour thème «Comment va la santé?», les Assises de la solidarité, organisées par la Ville, se sont interrogées sur les facteurs propices à la santé. Et inversement sur ce qui lui nuit. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas qu’une question d’offres de soins.

Sur l’écran géant de l’amphithéâtre de l’université des sciences, au Madrillet, chiffres et graphiques sont éloquents : avec 1,9 médecin pour 1000 habitants, le Japon affiche une espérance de vie moyenne de 81 ans, quand les Russes, avec 4,21 médecins pour 1000 habitants, ne vivent en moyenne que 65 ans… Entre ces deux extrêmes, d’autres exemples, comme celui de la France (3,3 médecins pour 1000 habitants et une espérance de vie à 79 ans), montrent qu’il ne suffit pas de multiplier les médecins pour faire progresser l’espérance de vie.
Pas plus qu’il ne suffit de faire exploser les budgets consacrés à la santé. Ou même de lutter avec acharnement contre l’alcoolisme et le tabagisme. "Il s’agit de déterminants parmi d’autres», a résumé d’entrée Eric Breton.
Professeur et titulaire de la chaire «Promotion de la santé», à l’école des hautes études en santé publique (EHESP), à Rennes, ce chercheur québécois a démontré, études internationales à l’appui, que «les déterminants qui sont extérieurs aux soins et aux comportements pèsent de plus en plus dans les inégalités de santé». À commencer par l’intégration sociale et la réussite scolaire. «La position sociale dans la société va déterminer les chances d’avoir une vie longue et en bonne santé», a ainsi affirmé l’enseignant. De même que le niveau scolaire aura des impacts sur la santé.
Symbole par excellence de la justice – ou au contraire de l’injustice – sociale, la santé est assurément une «question politique», comme l’a affirmé Hubert Wulfranc, en ouverture des Assises. «Sur un territoire où les inégalités de santé sont majeures, a insisté le maire de Saint-Étienne-du-Rouvray, elles interpellent inévitablement les élus qui considèrent que la santé est un indicateur essentiel des inégalités de classe.»
Question de choix politiques à l’échelle nationale, la santé fait aussi désormais l’objet de politiques publiques locales. Même si les municipalités n’ont pas de compétence propre en la matière, certaines, comme Saint-Étienne-du-Rouvray, s’engagent et mobilisent leurs services. Non pas uniquement pour trouver une réponse aux problèmes liés à la démographie médicale, mais surtout – conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé – pour tenter, à leur niveau, d’améliorer les conditions de vie quotidienne des habitants.
Pour cela, comme 6 autres communes de Haute-Normandie, Saint-Étienne-du-Rouvray a signé, en 2012, avec l’Agence régionale de santé (ARS), un contrat local de santé (CLS) dont l’ambition est d’améliorer le bien-être physique et mental des habitants.
Acteurs de terrain, les services municipaux ont une réelle légitimité à s’emparer de ces sujets. À condition, comme l’a bien souligné Eric Breton, qu’ils sachent déployer une approche intersectorielle. L’implication de nombreux services municipaux dans le CLS prouve que la Ville a compris qu’une démarche transversale est indispensable pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé. Ses équipes ont, d’ailleurs, présenté lors des Assises le travail fait, dans le cadre du CLS, pour prendre à bras-le-corps les problèmes liés à l’insalubrité des logements, la question de la qualité nutritionnelle des repas servis aux enfants ou encore la lutte contre l’isolement des personnes âgées.
Différents témoignages ont, enfin, permis aux élus locaux, chercheurs et responsables de services municipaux, venus de la France entière, de puiser, lors de ces Assises, de nouvelles idées d’expérimentation. Les actions présentées en matière d’habitat intergénérationnel, de promotion de la marche à pied ou encore d’accompagnement à la parentalité ont en effet illustré très concrètement l’analyse théorique présentée en ouverture. À savoir qu’on ne pourra réduire les inégalités sociales de santé qu’en améliorant les conditions d’existence des gens. Et en les associant à la mise en place des nouveaux dispositifs.
Ce fut là le dernier enseignement de cette journée instructive: il faut s’appuyer sur les compétences et sur l’enthousiasme de tous pour développer des solutions adaptées aux besoins de chacun. Cette règle qui s’applique à de nombreux secteurs concerne aussi la santé.

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