À la une | 11/04/2018

3es asssises de la solidarité: «La France est loin d'être tombée dans la pauvrophobie»

«L'État en fait-il trop pour les plus démunis?», «Pensez-vous que la pauvreté augmente dans le pays». Ou encore «Pensez-vous que les plus pauvres font assez d'efforts pour s'en sortir?». Autant de questions au cœur de la rencontre-débat organisée ce mardi à l'espace Georges-Déziré. Un rendez-vous proposé par la municipalité en collaboration avec l'Observatoire des inégalités dans le cadre des assises de la solidarité qui se déroulent jusqu'au 26 avril à Saint-Étienne-du-Rouvray.

Devant un public composé de professionnels, d'élus et de citoyens, l'universitaire Yannick Marec, spécialiste reconnu de l'histoire du système de protection sociale, et le sociologue Louis Maurin, directeur de l'observatoire des inégalités, ont échangé sur cette solidarité qu'on dit souvent mise à mal dans une société de plus en plus portée sur l'individualisme.
Et pourtant, comme le souligne Yannick Marec, cette volonté d'aider les plus faibles trouve ses origines dans notre histoire commune: des premiers textes datant de la Révolution française, en passant par le «solidarisme», courant de pensée développé à la fin du XIXe siècle, pour aboutir à la création de notre système de protection sociale, cette bonne vieille «Sécu», au sortir de la Seconde Guerre mondiale. «La loi sur l'assistance médicale de 1893 n'est au final que l'ancêtre de notre CMU», rappelle l'historien, citant également la création des bureaux de bienfaisance en 1796 devenus «aujourd'hui les CCAS [Centre communal d'action sociale, NDLR]».
Avec de si profondes racines, cette solidarité collective aurait-elle pourtant tendance à disparaître? À l'aide d'un quiz proposé aux participants, Louis Maurin pose la question. Et y répond en s'appuyant sur des enquêtes de fond, prenant le contre-pied d'un discours pourtant communément admis.
«La France est loin d'être tombée dans la pauvrophobie», assure-t-il, montrant par exemple que 60% de la population française considère que l'on «n'en fait pas assez pour les plus démunis».
«C'est une tendance lourde que même la crise économique traversée par le pays n'arrive pas à inverser». Cette vision, qu'il qualifie lui-même «d'optimiste», aurait peut-être été contre-balancée par le philosophe Patrick Savidan, auteur de l'ouvrage «Voulons-nous vraiment l'égalité?», attendu lui-aussi à Saint-Étienne-du-Rouvray, mais retenu par un train… en panne.
Reste que, comme le rappelle un membre de l'assistance, l'impression de devoir sans cesse lutter pour défendre cette solidarité reste forte. Ce constat, Louis Maurin ne le nie pas: «Plutôt que de vouloir attaquer de front notre système de protection sociale, il y a une volonté de la détricoter par petits bouts, de grignoter certains acquis pour coller à une vison plus libérale de la société».
Une société dans laquelle la générosité individuelle ne doit pas pour autant s'effacer au prétexte qu'elle serait assurée par la collectivité.

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