À la une | 31/05/2018

Les grévistes de la faim du Rouvray et leurs soutiens occupent le bâtiment de la direction de l'hôpital

Au dixième jour de leur mouvement, les sept grévistes de la faim de l'hôpital psychiatrique du Rouvray (CHR) et des centaines de leurs collègues venus les soutenir ont envahi les locaux de leur direction, jeudi 31 mai vers 14h40.

«Des moyens pour soigner, pas pour enfermer!» scandaient-ils en pénétrant dans le bâtiment qui s'est toutefois révélé vide de ses occupants, les cadres et les agents administratifs ayant déserté les lieux.
Contactée par la rédaction, l'attachée de presse du CHR a répondu que la direction ne souhaitait faire aucun commentaire.
«C'est incroyable, c'est fou de voir qu'ils ont abandonné les locaux. Mais ce n'est pas grave, on les attend de pied ferme, on ne bougera pas», a indiqué Anne Aubrun (SUD), l'une des Sept du Rouvray. Visiblement fatiguée, la gréviste de la faim affirme garder le moral et être toujours aussi déterminée.
Devant le constat d'une administration vide, les grévistes et leurs collègues ont donc décidé d'occuper les locaux et de s'y installer pour la nuit.
À l'extérieur, sur le parvis du bâtiment, plusieurs centaines d'autres personnes extérieures à l'établissement de santé étaient également venues les soutenir, parmi eux de nombreux responsables politiques et élus, dont le maire Joachim Moyse (photo) et des représentants de tous les groupes du conseil municipal stéphanais.
Les grévistes et leurs soutiens ont indiqué que leur action avait été décidée en réaction aux «provocations» que leur avaient adressées leur direction, l'Agence régionale de santé (ARS) et la ministre de la Santé Agnès Buzyn.
Cette dernière ayant notamment déclaré sur une antenne de télévision il y a deux jours (lire notre article précédent) que l'hôpital manquait de psychiatres, alors que les grévistes ne cessent de dire que les effectifs manquent d'infirmiers et d'aides-soignants.
La ministre a en outre annoncé qu'elle se rendrait au CHR le 6 juin prochain. «C'est trop tard, s'est indignée une porte-parole du mouvement, on veut des réponses avant cette date.»
L'intersyndicale a en outre publié un communiqué, dans lequel elle répond à la proposition de l'ARS de réaliser une «mission d'appui flash», termes dont s'étonnent les représentants syndicaux mais qu'ils associent aux deux audits déjà réalisés par leur autorité de tutelle. «Des audits, nous en avons déjà eu 2! est-il écrit dans le communiqué, Pour la “modique” somme de 330.000€.»
Le premier de ces deux audits, réalisé en 2016, concluait, selon l'intersyndicale:
«Les conditions de travail, la santé et la sécurité des personnels nous indique que les situations de tensions déjà existantes risquent de perdurer […]. Les risques professionnels pointés tout au long du rapport sont susceptibles de perdurer dans la future situation, à savoir: des situations de surcharge de travail; le sentiment de ne pas pouvoir faire un travail de qualité; l'exposition des agents au travail isolé; l'exposition des agents au risque agression; une dégradation de la relation de la relation soignant/patient.»
«Tous ces éléments combinés entre eux, poursuit l'extrait de l'audit de 2016 cité par l'intersyndicale, qui touchent de plein fouet le sens et le plaisir dans le travail, constituent un terreau favorable à l'émergence des risques psychosociaux et à l'émergence de situations de souffrance au travail, de décompensation, de burn-out ou d'altération de la santé professionnelle».
Un an plus tard, un second audit, toujours selon l'intersyndicale, concluait: «compte tenu des éléments, il faudrait [le recrutement de] 56,5 agents pour que le pool de remplacement puisse être totalement efficace».
Pour mémoire, les grévistes réclament quant à eux l'embauche de «seulement» 52 infirmiers et aides-soignants.
Quelques minutes avant d'envahir et d'occuper les locaux de leur direction, les grévistes de la faim et leurs soutiens avaient rappelé que la direction d'un établissement de santé était «responsable de la santé physique et psychique de leurs personnels» et que c'était donc «pour demander à la direction de faire son travail» qu'ils avaient décidé d'entrer «pacifiquement et sans rien dégrader» dans les locaux.
Photo: Jérôme Lallier

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