À la une | 12/09/2018

Chantiers d'insertion: loin des galères

Les bailleurs sociaux ne font pas que du logement social. Ils participent aussi à l’insertion des jeunes, comme en témoigne le Foyer stéphanais. Mais pour combien de temps encore?

Il y a toujours quelque chose à faire: donner un coup de peinture, remplacer des meubles, réparer une porte. Et quand on loge plus de 4300 familles réparties sur trente-trois communes (avec Saint-Étienne-du-Rouvray pour vaisseau amiral), la tentation serait grande de déléguer ces menues tâches à des sociétés privées. Mais ce n’est pas le choix du Foyer stéphanais. Mohamed, Jimmy et Waren sont quelques-uns des jeunes qui, chaque année, effectuent près de 10000 heures de travaux d’insertion sous la bannière de l’Association de redynamisation collective horizon emploi, une "Arche" skippée par Isabelle Lagache, responsable cadre de vie et développement social au Foyer stéphanais.
Comme une cinquantaine de jeunes avant eux depuis 2000, en voguant d’une tâche à l’autre, ces jeunes Stéphanais sont avant tout en train de retrouver le cap d’une situation un peu plus stable. "L’école, ce n’était pas trop mon truc, confie Mohamed Saffir. J’ai abandonné en terminale, puis j’ai travaillé comme livreur chez Fedex avant de passer par l’Abbei [entreprise d’insertion stéphanaise, NDLR]. Ça a été un peu la galère pour moi jusqu’à ce que la Mission locale m’oriente vers le Foyer stéphanais." Peu ou prou le même parcours pour ses collègues Jimmy Liszaj et Waren Khamar: goût modéré pour l’école, petits boulots et horizon bouché. "Ici c’est mieux, on touche à tout, il n’y a pas de routine, disent-ils, et puis on forme une bonne équipe, on vient bosser avec plaisir."
Beaucoup des jeunes embarqués sur l’Arche sont aujourd’hui en emploi. "Les jeunes nous connaissent, ajoute la présidente. Ça donne des relations apaisées avec les locataires." Quartiers apaisés et pieds à l’étrier pour des jeunes fâchés avec le système scolaire, ces travaux d’insertion dépassent largement le cadre du "petit boulot".
Les récentes "réformes" du gouverne-ment risquent toutefois de torpiller ces efforts. Mohamed, Jimmy et Waren pourraient en effet être les derniers à bénéficier des contrats aidés qui permettent à ces chantiers d’insertion d’exister. "Ils sont passés entre les mailles du filet, juste avant la suppression des contrats aidés, s’inquiète Isabelle Lagache. C’est la première fois qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait." Après la loi de finances qui leur impose de compenser la baisse des APL (Le Stéphanais n° 240) et la loi Élan, les HLM pourraient voir leurs moyens d’action se réduire dans le champ social... un comble pour des bailleurs sociaux.

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