À la une | 25/09/2018

Savoir nager: peut mieux faire

Un élève de 6e sur deux ne saurait pas nager. Comment expliquer ce phénomène alors que cet apprentissage est une "priorité nationale" à égalité avec le savoir lire, écrire et compter?

"Près de la moitié des élèves qui entrent en 6e ne savent pas nager", indique un rapport parlementaire de 2016. Un constat des plus préoccupants lorsqu’on sait que le "savoir-nager" est une « priorité nationale" et qu’il figure au "socle commun" des compétences et des connaissances que tous les élèves devraient avoir acquises à la fin du collège, au même titre que savoir lire, écrire et compter.
À ce constat, le syndicat d’enseignants Unsa ajoute que « la plupart [de ces non-nageurs] proviennent des quartiers populaires" – un dispositif national leur a d’ailleurs été dédié, ainsi qu’aux zones rurales, pour tenter de réduire cette inégalité, il s’agit du dispositif « J’apprends à nager ».
Face à cette réalité – peu documentée par des études officielles –, Saint-Étienne-du- Rouvray ne fait pas exception: les maîtres nageurs sauveteurs (MNS) de la piscine municipale Marcel-Porzou constatent eux aussi que près de la moitié des élèves de 6e échouent au test du savoir-nager.
Alors certes, la piscine stéphanaise était fer- mée pour d’importants travaux de rénovation entre juillet 2016 et octobre 2017, mais cela n’explique pas un phénomène national. Selon Éric Palson, MNS et responsable des activités aquatiques à la piscine Marcel-Porzou, les causes du problème sont multiples: "Tout d’abord, le passage à quatre jours et demi d’école par semaine en 2013 a perturbé l’apprentissage de la natation en primaire. Lorsque la journée de cours se terminait à 15h45, difficile de mettre des groupes scolaires l’après-midi ! Et puis, il y a le problème de la concurrence entre les différents publics... Sans oublier la question de la culture aquatique: même lorsque les élèves ont acquis la compétence, celle-ci peut se perdre faute d’aller à la piscine en famille."
Le responsable stéphanais pointe également le manque de formation des enseignants censés, dit-il, "être les maîtres de l’apprentissage". "La part consacrée à la natation dans la formation des enseignants de primaire est anecdotique", confirme Olivier Saigne, enseignant agrégé en Staps à l’université de Rouen.
Pourtant, "chaque année, insiste le rapport parlementaire de 2016, plus de 1200 noyades [ont lieu en France] dont 250 affectent les moins de 13 ans". Les causes de ce tragique phénomène restent néanmoins plurielles, et donc, difficiles à enrayer d’un coup. Le seul manque de formation des enseignants ne peut en effet pas tout expliquer. Comme le précise Olivier Saigne (lire aussi l’interview à droite), la baisse du savoir-nager est "multi-factorielle". Si les anciens rythmes scolaires ont leur part de responsabilité, ainsi que la concurrence des publics dans les usages des bassins, il faut aussi considérer que le parc des piscines construites dans les années 1970 est aujourd’hui vieillissant (toutes les Villes n’ont pas fait le choix, comme la nôtre, d’investir dans cet équipement dont la vétusté entraîne des fermetures fréquentes). Une autre piste, celle-ci moins catastrophiste, serait que le test savoir-nager est devenu plus exigeant. Le taux d’échec au test s’expliquerait ainsi non plus en raison d’une baisse de la compétence mais bel et bien de son renforcement ! L’enjeu n’est pourtant pas "anecdotique". L’enquête Noyades actuellement menée par l’agence de Santé publique recense, entre le 1er juin et le 30 août**, 2255 noyades (contre 1092 en 2015 sur la même période) dont 492 suivies de décès (contre 398 en 2015 sur la même période). L’été caniculaire n’explique pas tout...
* "Promouvoir l’activité physique et sportive pour tous et tout au long de la vie: des enjeux partagés dans et hors de l’école" par les députés Pascal Deguilhem et Régis Juanico.
** Résultats intermédiaires. L’enquête Noyades est menée jusqu’au 30 septembre 2018.

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