À la une | 17/10/2018

Rouler à l'autonomie

C'est la première fois en Europe que des véhicules à « délégation partielle de conduite » circulent en milieu urbain et c'est à Saint-Étienne-du-Rouvray que ça se passe. Mais comment ça marche ?

Une voiture avec des yeux et des oreilles. Le concept est inattendu mais tout à fait indispensable dès lors qu'il est question d'une voiture autonome. Et les Renault Zoé électriques qui tournent actuellement sur le Technopôle du Madrillet ne passent pas inaperçues, affublées d'antennes et de radars qui sont autant de manières de percevoir un environnement toujours en mouvement.
Suréquipées, les quatre voitures autonomes en phase de test disposent de plusieurs caméras et d'un système à ultrasons pour la détection d'obstacles mais aussi de différents types de radars. Il est encore trop tôt pour dire quels capteurs seront privilégiés sur la version finale du véhicule. « Nous recherchons aujourd'hui la combinaison optimale, explique Sébastien Holstein, responsable des grands projets chez Transdev Rouen, opérateur spécialisé dans les transports en commun de demain. Le GPS embarqué nous permet d'assurer un positionnement du véhicule sur la zone avec une précision d'environ 3 mètres. Grâce aux autres capteurs à bord, on atteint une précision d'environ 3 centimètres », insiste Sébastien Holstein. La marge de progression est réelle.
Plus discrètes et non moins essentielles, des infrastructures de perception augmentée sont disposées tout au long du parcours pré-établi du véhicule. « Ces installations se retrouvent à des endroits névralgiques comme des ronds-points. Elles envoient aux véhicules des informations qui leur permettent de saisir la complexité du trafic en cours jusqu'à une distance de 100 à 150 mètres. Les infrastructures de perception augmentée perçoivent l'ensemble des éléments mobiles sur la zone, vélos, piétons, ballons égarés, et sont capables de définir leurs trajectoires. Ces installations enregistrent jusqu'aux mouvements des feuilles des arbres », explique Sébastien Holstein.
Autrement dit, tout ce que la voiture autonome ne peut percevoir par elle-même lui est transmis par ces infrastructures. En bout de piste, des ordinateurs et des algorithmes absorbent et traitent en temps réel toutes ces informations issues de plusieurs sources. Les données sont alors fusionnées pour caler la vitesse, la direction voire l'arrêt du véhicule.
Dernier maillon de la chaîne, le poste central de commandement (PCC) assure un contrôle visuel depuis les locaux de la TCAR, rue Jeanne-d'Arc, à Rouen. « Quand le système atteint ses limites et qu'il ne sait plus faire. Le véhicule se met à l'arrêt et lance une forme d'appel au secours. C'est alors que les agents du PCC interviennent pour assurer la mise en sécurité des biens et des personnes et débloquer la situation », précise Sébastien Holstein. La mise à l'épreuve du dispositif en conditions réelles est programmée en septembre 2018. Via une appli à télécharger sur un smartphone, chacun pourra se rendre sur un point d'arrêt du parcours, appeler le véhicule, monter à bord et se laisser conduire mais toujours en présence d'un « safety driver », un conducteur à part entière.
Les voitures qui seront mises en service en septembre 2018 sur le plateau du Madrillet seront bel et bien autonomes, mais avec une personne assise face au volant. Ces conducteurs de sécurité demeurent responsables de leur véhicule suivant la législation en vigueur en France. Leur mission : être prêt à tout moment à récupérer le véhicule s'il se produit un changement de cap ou quoi que ce soit d'anormal. « Nous sommes en mesure de reprendre la main soit par une action sur le volant soit par une action sur le frein, explique Gilles Montfort, safety-driver engagé dans le programme de recherche et de développement du véhicule autonome sur le site du Madrillet. Nous disposons aussi de deux boutons d'urgence. Un jaune pour couper le mode autonome, et un rouge pour stopper intégralement le véhicule. Nous restons des conducteurs à part entière, nous ne sommes pas là pour la décoration. » Un rôle qui implique une vigilance de chaque instant et des réflexes à la mesure des enjeux de sécurité. « Nous estimons qu'un changement de safety driver toutes les heures et demie est nécessaire pour maintenir une bonne concentration lors de la mise en service. » Pleinement impliqués dans le programme, ces « pilotes d'essai » intègrent les moindres changements mis en œuvre par les ingénieurs. Il s'agit notamment de gérer le passage à 50 km/h, vitesse réglementaire en agglomération, alors que la vitesse de test est limlitée à 30 km/h.

Les expérimentations se poursuivent jusqu'à nouvel ordre. Une phase de « marche à blanc » est en cours depuis la fin septembre 2018 qui doit permettre d'évaluer ce service de mobilité innovant. « Pour mesurer la qualité du service, nous allons prendre en compte une batterie d'indicateurs : l'application sur smartphone, l'expérience des usagers à bord, la surveillance en temps réel des véhicules », explique Frédéric Saffroy, coordinateur du projet véhicule autonome chez Transdev Rouen. Les Stéphanais-es peuvent s'incrire via internet pour participer à cette phase de test en situation réelle. « Notre objectif est de mixer le plus possible nos panels avec des étudiants, des enseignants, des retraités, des habitants du quartier. Nous privilégions les locaux qui seront amenés un jour à devenir les usagers de ces véhicules », insiste Frédéric Saffroy.

Informations et inscriptions : www.metropole-rouen-normandie.fr/testez-le-vehicule-autonome-2198

Picto commentaire ajouter un commentaire

Picto rss s'abonner à ce fil RSS