À la une | 29/11/2018

Même pas peur du handicap

Du 3 au 7 décembre, la 5e édition de la Semaine du handicap invite à réfléchir sur la place du handicap dans nos sociétés : comment favoriser la mixité, abolir les frontières, faire du handicap une différence parmi d’autres…

Mais cette pédagogie de « l’inclusion », désormais érigée en principe, tient-elle toutes ses promesses ?
En 2005, la loi pour l’égalité des droits et des chances proposait un vrai renversement de perspective en jetant les bases d’une société inclusive. Le principe : ce n’est pas à la personne en situation de handicap de faire l’effort de s’intégrer mais bien à la société toute entière de s’adapter pour que chacun trouve sa place, et ce dès le plus jeune âge. C’est ainsi que la scolarisation en milieu ordinaire des élèves atteints de handicap est depuis devenue la règle, à charge pour l’école de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que les enfants s’y sentent bien.

Et pour Pierre Maujean, coordonnateur du dispositif Ulis (unités localisées pour l’inclusion scolaire) au collège Paul-Éluard, c’est évidemment une bonne chose : « Les élèves, répartis dans les classes, participent à la vie du groupe. Ils se sentent appartenir à la société, même s’ils présentent des troubles d’apprentissage. » Au contact des autres, ils développent également leur autonomie, leur adaptabilité et, en retour, leurs camarades apprennent aussi la tolérance. Solène Ramos, accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH), vient en soutien : une présence indispensable pour éviter que les enfants ne soient mis en échec. Car au-delà des principes derrière lesquels tout le monde se retrouve, l’inclusion doit surtout être pensée et accompagnée pour être une réussite. Or ce n’est pas toujours le cas : le manque d’assistants de vie scolaire (AVS), faute de recrutements suffisants, ou l’inclusion subie du fait des délais d’attente pour accéder aux structures spécialisées quand elles sont nécessaires, ajoutés au déni que peuvent éprouver certains parents face au handicap de leur enfant, font que les enfants peuvent très vite se retrouver en décalage par rapport à leurs réels besoins. Et les dégâts sont alors souvent considérables en créant des blessures profondes, un sentiment d’échec personnel, générateur d’exclusion.

Changer le regard face à la différence
Au contact d’un public adulte cette fois, la danseuse et chorégraphe Anne Delamotte en fait régulièrement le constat : depuis plusieurs années, avec sa compagnie Impact, elle s’efforce de tisser des liens entre ces « deux mondes » : celui du handicap et les autres. « Mais c’est difficile, reconnaît-elle. Beaucoup de travail reste à faire pour changer en profondeur le regard de notre société face à la différence. » Aujourd’hui, elle travaille avec l’atelier éducatif de jour de l’Apajh (Association pour adultes et jeunes handicapés) une chorégraphie au titre évocateur Même pas peur, qui sera présentée à la Semaine du handicap et plus tard, sur des scènes de festivals. Anne Delamotte voudrait qu’on aborde avec plus de simplicité la question du handicap. « Bien sûr, travailler avec des personnes en situation de handicap ne s’improvise pas, il faut être formé. Mais, ensuite, c’est une question de respect et de confiance. »
• Même pas peur, mardi 4 décembre, centre Georges-Déziré à 20 heures. Réservations au 02 35 02 76 90.

Lors de la Semaine du handicap, un temps est dédié aux aidants, « Le Café des aidants » où chacun pourra trouver à la fois un lieu pour échanger et un moment de bien-être, mercredi 5 décembre au centre socioculturel Jean-Prévost de 14 à 17 heures. Tél. : 06 79 06 32 02.

> Retrouvez le programme complet de la Semaine du handicap

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