À la une | 7/03/2019

«Il nous faut une victoire!»

Les Stéphanais ont déposé 200 contributions dans les cahiers de doléances. Pouvoir d'achat, justice fiscale, écologie, services publics, démocratie sont au cœur de leurs préoccupations…

Entre le 9 janvier et le 9 février, dans six lieux publics municipaux et sur le site de la Ville, les Stéphanais.es ont pu exprimer leurs colères, leurs revendications, leurs analyses et leurs vœux au regard de leurs propres situations de vie et de celle du pays. Les quelque 200 contributions qui en ressortent ont été lues et analysées par le maire Joachim Moyse qui en a livré une synthèse détaillée lundi 4 mars, avant de les confier au député Hubert Wulfranc, lequel les remettra au premier ministre, le 16 mars.
«Peu étonnantes pour qui n'est pas déconnecté de la “vraie vie”, je veux parler de la réalité quotidienne du plus grand nombre, a indiqué le maire, des revendications et propositions fortes sont revenues dans la quasi-totalité des contributions citoyennes. On peut les regrouper autour de cinq thématiques : le pouvoir d'achat, la justice fiscale, la démocratie, les services publics et l'environnement».
Allant de quelques mots à 18 pages d'une écriture dense et serrée, ces contributions citoyennes brossent en effet le tableau d'une société qui a «peur des fins de mois», comme l'évoque Micoli, ou encore celui d'un «peuple [qui] survit mais [qui] ne vit pas, tout simplement», comme le pointe Caroline, dans une adresse directe à Emmanuel Macron.
À l'instar de Caroline, plusieurs Stéphanais.es ont directement interpellé le président de la République, certains l'apostrophant par un «Cher Jupiter 1er», comme Jonathan qui lui demande «de mettre un terme à la course folle ultra-libérale que tu as engagée depuis ton élection controversée de 2017».
En terme de «justice fiscale», c'est le retour de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui occupe 80% des contributions. D'autres revendications, faisant référence à des dispositifs fiscaux jusque là peu connus de l'opinion publique tels que le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) ou encore la Flat tax («preuve que pendant le mouvement social, il y a eu des débats sur les ronds-points», a souligné le maire), ont également émaillé les contributions. Quand Emmanuel veut en finir avec la Flat tax, cet impôt forfaitaire sur le capital qui, hors cotisations sociales, ne coûte que 12,8% aux détenteurs d'actions alors que la première tranche d'imposition sur les salaires est de 14%, Jocelyn s'indigne que la France soit «le premier pays d’Europe à verser le plus de dividendes aux actionnaires, allègements de cotisations pour le patronat, CICE, suppression de l’ISF» et d'ajouter: «les efforts ne sont pas pour tout le monde… Mais cela pourrait passer s’il y avait des créations d’emploi, du ruissellement mais, depuis 30 ans, rien!»
Quant à notre démocratie, son état est jugé critique par beaucoup de contributeurs qui réclament le Référendum d'initiative citoyenne (RIC, lire le Stéphanais n°258) et la reconnaissance du vote blanc. Comme Véronique, les Stéphanais.es veulent une démocratie «plus représentative», avec notamment l'introduction de la proportionnelle dans l'élection des députés, et qui soit «moins au pouvoir des technocrates».
Loin de vouloir les supprimer, les contributeurs plébiscitent les services publiques qu'ils perçoivent comme «mis en difficulté», à l'image de Mélina. Denise souligne leur rôle essentiel: «On a besoin des services publics aussi pour tout: parents, enfants, logement, santé, formation… Quand ils ferment, on paie tout, rien n'est remboursé.»
Lionel et Geneviève interpellent quant à eux Emmanuel Macron, faisant référence aux thèmes imposés du Grand débat: «Selon vous, le gouvernement ne peut “quoiqu’il en soit poursuivre la baisse des impôts sans baisser le niveau global des dépenses publiques”. Au contraire il faut des services publics de proximité et pour les financer, les moyens existent.»
Enfin, l'environnement n'est pas en reste puisqu'il occupe la moitié des contributions, à travers notamment la gratuité des transports en commun et la possibilité donnée à tous d'accéder à des produits bio et issus des circuits courts. Christine détaillant même très précisément des mesures qui pourraient être prises à l'échelle locale, comme le développement du «photovoltaïque» ou le développement d'arbres «comestibles» dans les espaces verts…
Après avoir entendu la synthèse du maire et répondu aux questions du public, le député Hubert Wulfranc a annoncé que son groupe déposerait deux jours plus tard, jeudi 7 mars, cinq propositions de loi à l'Assemblée nationale, «directement issues de ces préoccupations» (voir la vidéo de la soirée du 4 mars sur ce site).
«Cela fait de trop nombreuses années que le peuple perd, a conclu Hubert Wulfranc. Il nous faut maintenant une victoire! Une victoire qui nous rassemble. Il faut essayer de concentrer nos efforts pour rétablir l'ISF car, même si ça ne changerait rien à nos vies, politiquement, imaginez ce que cela représenterait pour un président qui dit qu'il ne lâchera rien!»
Photo: Jérôme Lallier

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