À la une | 29/03/2019

Un conseil municipal entre émotions partagées et combativité républicaine

Le conseil municipal de jeudi 28 mars a été marqué par l'annonce peu avant 20 heures d'un incendie survenu au dernier étage de l'immeuble Sorano de la copropriété Robespierre. Le sinistre a été rapidement maîtrisé par les pompiers.

Aucune victime n'est à déplorer mais l'irruption de cette annonce en plein conseil a bouleversé les élus dont l'une des délibérations portait justement sur l'opération de relogement des occupants de cet immeuble privé dégradé et voué à la démolition, ainsi que sur la fermeture sécurisée de ses logements au fur et à mesure de leur libération.
Visiblement ébranlé par l'annonce de l'incendie, le maire Joachim Moyse a exprimé l'urgence à évacuer et à fermer cet immeuble, compte tenu des dangers que son état d'insalubrité fait constamment peser sur ses occupants.
Peu de temps auparavant, l'association Droit au logement (DAL) avait interpellé le maire et le conseil au sujet de deux familles de l'immeuble Sorano, occupants sans titre. Le DAL plaidant notamment pour une prolongation du délai avant leur expulsion et la prise en charge de leur relogement par la Ville.
Poussées vers la sortie par le bailleur Logiseine, ces familles sont en effet dans l'attente de la décision du juge concernant la date de leur expulsion. Le DAL a souligné que ces familles sont bien intégrées à Saint-Étienne-du-Rouvray et que leurs enfants sont scolarisés sur la commune. Le jugement définitif sera rendu mardi prochain.
Le maire Joachim Moyse, a répondu aux militants du DAL : « La Ville a souhaité depuis 2015 faire un diagnostic qui a démontré que Sorano avait comme destin d’être démoli (endettement, sécurité, etc.). Depuis 2017, l’Agence nationale de renouvellement urbain (Anru) a reconnu que cet immeuble devait être démoli. Pour la Ville, la priorité a été dès lors d’accompagner, de suivre les plans de relogements pour les personnes occupantes. »
Le maire a affirmé qu'il revenait à l’État de régulariser les situations de celles et ceux qui sont en situation d’occupation sans titre : « Nous sommes dans une urgence pour que l’immeuble soit libéré de tout occupant au plus vite. Je ne veux pas d’une catastrophe. J’appelle chacun à prendre ses responsabilités. »
L'incendie qui s'est déclaré peu de temps après cette déclaration a malheureusement confirmé les craintes du maire et concrétisé l'urgence de la situation.
L'émotion aura également été présente peu avant ces débats. Les élus ont en effet observé une minute de silence en hommage aux anciens élus récemment décédés. Leurs pensées étaient tournées vers la mémoire d'Yvette Badmington qui fut élue municipale pendant quatre mandats, de 1983 à 2005.
Ils ont également eu une pensée pour Jacques Prévost, ancien élu stéphanais, et pour Roland Leroy, ancien député, ancien membre de la direction du Parti communiste français, ancien directeur de l'Humanité, homme de culture et Stéphanais de cœur.
Un hommage a en outre été rendu à Pierre Bourguignon, décédé mercredi 27 mars. Ancien maire de Sotteville-lès-Rouen et ancien député de la 3e circonscription, il était élu sottevillais et maire honoraire de cette commune voisine.
Le conseil a enfin accueilli une nouvelle élue, Agnès Bonvalet, en remplacement de Pascal Langlois qui a démissionné de son siège de conseiller municipal.
Un nouveau groupe a également été créé au sein du conseil, suite à une scission du groupe des Élu.e.s socialistes écologistes pour le rassemblement. Le nouveau groupe, présidé par David Fontaine, s'appelle Génération.s SER. Il est affilié au parti politique fondé par Benoît Hamon. Le groupe des Élu.e.s socialistes écologistes pour le rassemblement est désormais présidé par Léa Pawelski.
S'exprimant sur l'actualité nationale, le maire a pointé ce qu'il estime être les incohérences du gouvernement : « C'est une lourde responsabilité qu'est celle d'Emmanuel Macron d'écouter la population dans le cadre du débat national, de s’appuyer sur les maires pour relayer des revendications de justice sociale et environnementales. Mais en parallèle, la politique qui est menée va dans le sens contraire. On dit qu'il faut davantage de justice sociale mais on parle aussi de recul de l’âge de la retraite, qu'il faut une nouvelle journée de solidarité. On dit davantage de solidarité mais on ferme une maternité à Bernay et des services dans les hôpitaux. On dit davantage d’éducation contre l’obscurantisme mais on réduit les moyens de l’Éducation nationale. Tout cela traduit une posture dangereuse pour la démocratie. »
Au nom du groupe des Élu.e.s socialistes et écologistes pour le rassemblement, Gabriel Moba M'builu a ensuite proposé une motion pour que « la place de l’église devienne la place Jacques-Hamel ». La Ville étudiera la proposition a répondu le maire.
Comme chaque année, le conseil a dû délibérer sur sa participation obligatoire aux dépenses de fonctionnement de l'école privée Jeanne-d'Arc. Cette participation étant rendue obligatoire par la loi, le conseil l'a votée à la majorité mais 9 conseillers ont voté contre et deux se sont abstenus.
Michelle Ernis, pour le groupe des Élu.e.s Droits de cité mouvement Ensemble a déclaré : « l’argent public doit aller à l’école publique. À l’heure où le service public est étranglé, je ne suis pas d’accord pour donner au privé mais pour respecter le service public et la laïcité. Je propose de donner a minima. Peut-on rejoindre les communes qui donnent a minima ? Attendons avant de trancher ce soir… »
Danièle Auzou, au nom du groupe Élu.e.s socialistes écologistes pour le rassemblement s'est ensuite exprimée contre le projet de loi Blanquer qui oblige notamment les communes à financer les écoles maternelles privées, la loi prévoyant de rendre l'instruction obligatoire à partir de trois ans contre six ans aujourd'hui : « Ce projet est injuste à l’égard des enseignants. Il est porteur d’inégalités et dangereux pour les communes qui doivent déjà porter le coût des dédoublements ».
David Fontaine, pour le groupe Génération.s a ajouté : « L’acte de résistance, c’est déjà de conserver une subvention par élève inchangée depuis 12 ou 13 ans. »
Les élus se sont exprimés sur les modalités de la participation financière de la commune dans le cadre de la lutte contre le frelon asiatique. Saint-Étienne-du-Rouvray se trouve ainsi la première commune de la Métropole à adopter cette délibération avec Tourville-la-Rivière.
La Ville s'engage en effet à rembourser la moitié du coût payé par les particuliers pour se débarrasser d'un nid de cette espèce invasive qui détruit les abeilles. Cette aide est plafonnée à 100 € et ne peut concerner que les interventions menées par des entreprises agréées et agissant entre le 15 mars et le 15 novembre.
En matière d'accessibilité, le conseil s'est félicité que la commune emploie des personnes en situation de handicap au-delà du cadre légal, avec un taux de 8,5%. Le conseil a rappelé que le centre culturel du Rive Gauche offre la possibilité d’audio-description.
Les élus ont pris acte de la fin du Contrat local de santé (CLS) intervenue en 2018. Ils s'interrogent sur l'avenir des CLS: quel sort leur réservera l'Agence régionale de santé (ARS)? L'ARS les maintiendra-t-elle à l’échelle locale ou à l’échelle de la Métropole ? La Ville souhaite que le prochain CLS soit maintenu à l’échelle de la commune.
Le conseil a ensuite voté une subvention de 5 600 € au Planning familial.
Michelle Ernis s'en est félicitée : « À la veille des élections européennes, nous voyons que les extrêmes droites gagnent du terrain et les droits des femmes sont touchés. Attention de protéger le droit à l’IVG et à la contraception ! Je ressens à un honneur de verser une telle subvention au planning familial. »
Noura Hamiche, pour le groupe des Élu.e.s Vraiment à gauche, soutenus par le NPA s'est également félicitée de cette subvention : « Il faut combattre les idées reçues sur le planning familial, c'est un lieu qui n’est pas ouvert qu’aux femmes mais à toutes et à tous. C'est un levier d’entraide sur la question de la famille, le l’égalité femme-homme. C'est une structure qui vit grâce aux bénévoles. »
Hubert Wulfranc, ancien maire et député de la 3e circonscription, conseiller municipal a quant à lui alerté le conseil sur la situation de l'hôpital public du Belvédère : « C'est l’occasion de s’attarder sur la situation de la maternité du Belvédère alors qu’un audit est commandé par l’ARS. C'est un établissement qui se voit menacé dans sa spécificité alors que l’ARS entend diminuer les moyens humains, un tiers des postes de sage-femme est notamment menacé. Parallèlement, la situation financière du Belvédère sert de prétexte pour l’ARS dans sa volonté de compression des moyens de l’établissement. Il est important d’avoir un œil de soutien sur cette maternité, la première de Normandie. »
Photo: Jérôme Lallier.

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