À la une | 26/04/2019

Julien Lauprêtre, le président du Secours populaire est décédé

Un communiqué du secrétariat national du Secours populaire français a annoncé ce matin 26 avril le décès de son président Julien Lauprêtre. Âgé de 93 ans, Julien Lauprêtre présidait cette grande association d'aide aux victimes de l'injustice sociale depuis 1958. Il y était engagé comme bénévole depuis 1954.

Ses amis du Secours populaire le qualifie de « Président pas ordinaire » : « Sa porte et son écoute étaient ouvertes à tous, sans distinction, à n’importe quel moment de la journée. Une humanité, une simplicité et une sincérité qui allaient droit au coeur des 80.000 bénévoles de l’Association. »
Le maire Joachim Moyse a quant à lui salué Julien Lauprêtre qui s'était rendu à Saint-Étienne-du-Rouvray à deux occasions ces sept dernières années :
« Julien Lauprêtre aura été un homme de combat contre la misère et le mal vivre. Je me souviens de l’avoir accueilli en 2012 et 2017 à Saint-Étienne-du-Rouvray au côté d’Hubert Wulfranc, alors maire. Le président du Secours populaire avait appelé les Stéphanais à “ne pas baisser la tête, mais à susciter, au contraire, un grand sursaut national autour de la solidarité”. »
Interviewé par le Stéphanais lors de sa dernière venue dans la ville le 8 mai 2017, au lendemain de l'élection présidentielle où l'actuel président affrontait la candidate du Front national, Julien Lauprêtre avait exprimé son inquiétude face à la montée des racismes et de l'antisémitisme (lire Le Stéphanais n°233). Mais se qualifiant lui-même d' « optimiste », il aimait à rappeler la force de l'engagement collectif pour lutter contre ces fléaux :
« D'un côté on observe une augmentation de la place des idées racistes, antisémites, du refus de l'étranger, et, de l'autre, on voit un élan de solidarité qui nous surprend nous-mêmes. Des boulangers, des coiffeurs, des médecins offrent spontanément leur aide. Il y a une montée du poison du racisme et, en même temps, une nouvelle forme de résistance se met en place. »
La question du racisme et de l'antisémitisme, cet ancien Résistant y avait été confronté très tôt : « J'avais 17 ans quand j'ai été emprisonné pour faits de résistance. Le hasard a voulu que pendant huit jours et huit nuits je partage les locaux de la préfecture de police où j'étais détenu avec les dix de l'affiche rouge », avait-il confié au Stéphanais.
Les dix de l'affiche rouge étaient les résistants membres des Francs-Tireurs et Partisans du groupe Main d'œuvre immigrée (FTP-MOI) dont le chef était le poète Missak Manouchian.
C'est à cette rencontre dans les geôles nazies que Julien Lauprêtre fait remonter son engagement contre l'injustice sociale et contre le racisme, comme il nous le disait encore le 8 mai 2017 :
« Manouchian m'a dit : “Moi je suis foutu, je vais être fusillé, mais toi il faut que tu fasses quelque chose d’utile et que tu rendes la société moins injuste…” Ce sont les dix de l'affiche rouge qui m'ont donné envie de continuer à me battre pour les jours meilleurs. »
Se souvenant avec émotion de la venue de Julien Lauprêtre à Saint-Étienne-du-Rouvray, le député Hubert Wulfranc évoque quant à lui un « infatigable avocat des pauvres » qui « n'a eu de cesse de dénoncer la montée de la pauvreté en France » et qui « avait l'engagement contre les inégalités et les injustices chevillé au corps. »
À la fédération de la Seine-Maritime du Secours populaire, l'émotion est tout aussi palpable. Danielle Moreau, bénévole depuis 22 ans, se dit « en deuil » et exprime le sentiment d'avoir perdu un membre de sa famille :
« C'était quelqu'un d'extraordinaire qui portait haut les couleurs du Secours populaire. Il était de la trempe de l'Abbé Pierre. Il y a peu d'hommes comme ça. »

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