À la une | 3/05/2019

« J'veux du soleil » au rond-point des Vaches : les Gilets jaunes font parking comble

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans la soirée de jeudi 2 mai à proximité du rond-point des Vaches. Elles assistaient à une projection du film documentaire « J'veux du soleil » en présence de son co-réalisateur, le député de la Somme François Ruffin.

Organisée par les Gilets jaunes du rond-point des Vaches (s'identifiant désormais eux-mêmes par le sigle GJ-RPDV qu'ils ont imprimé sur des sweaters et t-shirts), cette projection festive a rassemblé sur le parking du magasin Électrodépôt des délégations venues d'autres ronds-points du département et au-delà, ainsi que des personnes n'arborant pas le chasuble qui symbolise ce mouvement social depuis le 17 novembre 2018.
Le député de la Somme François Ruffin (LFI), co-réalisateur avec Gilles Perret du documentaire intitulé « J'veux du soleil » (en référence à la chanson du groupe Au p'tit bonheur), avait fait le déplacement depuis Amiens pour débattre avec le public et les militants, quelques heures avant la projection.
L'ambiance était festive, les GJ-RPDV ayant organisé un barbecue et un stand sandwich et installé sous un dais de toile quelques dizaines de chaises qui n'auront toutefois pas suffi à asseoir tout le monde.
Après avoir salué la volonté des Gilets jaunes stéphanais « de faire du beau dans un endroit qui ne l'est pas », faisant ainsi référence au village « Notre-Dame-des-Palettes » que les GJ-RPDV ont installé aux abords d'un parking coincé entre le restaurant d'une grande chaîne et un magasin discount aux rideaux de fer tirés, le député de la France insoumise (LFI) s'est livré à une analyse des propos tenus par Emmanuel Macron lors de la conférence de presse du 25 avril :
« Il y a des choses notables dans le discours de Macron, il y a l'absence des mots “concurrence”, “compétitivité”, “mondialisation”. Lui qui les répétait toutes les deux lignes, ces omissions sont des signes. Elles nous disent que Macron est maintenant contraint de continuer à faire la même chose mais sans le dire ! On nous avait entraînés dans cette idéologie du fric par l'enthousiasme dans les années 1980 mais maintenant que ça ne fonctionne plus, ils nous y entraînent par le matraquage et par le matraquage médiatique aussi. Mais les gens ne veulent plus de ça. Ils ne veulent plus de ça mais ils ne se sont pas encore rattachés à autre chose. On est dans un temps de gestation longue de cet autre chose, à nous de l'entraîner dans le bon côté et non vers la haine et le rejet de l'autre. »
Le député de la Somme a également alerté sur les « deux divorces » que le mouvement social se doit de réconcilier :
« Il y a deux divorces à résoudre, celui des quartiers populaires et de la France rurale, celui de la petite bourgeoisie culturelle et des classes populaires. Si on ne les réconcilie pas, on n'arrivera pas faire masse pour changer le système. »
Présent à ses côtés durant l'avant-projection, François Boulo, le porte-parole des Gilets jaunes de l'agglomération rouennaise, a quant à lui notamment pointé le « mensonge » du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner qui a prétendu que des Gilets jaunes avaient « attaqué » le service des urgences de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, en marge de la manifestation du 1er-Mai.
Selon François Boulo, les « médias » auraient été complices de ces « mensonges » et il les a prévenus :
« On va les pilonner, les médias. On va les forcer à dire la vérité. »
Une vérité qu'une partie de ces derniers ont néanmoins dite sans être soumis à la contrainte, certains y consacrant jusqu'à quatre pages entières à l'image du quotidien Libération du 3 mai ou encore à celle de l'Humanité avec une double page le même jour… Le Figaro se contentant quant à lui de parler de « divergences » de témoignages et de vidéo qui « semblent contredire » le ministre…
Le porte-parole des GJ a également appelé à ne pas « se faire piéger par la violence » car, a-t-il ajouté :
« Pendant ce temps là, les lois passent sous les radars, à l'image de la loi Pacte. [loi Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises, votée le 11 avril, ndlr] »
Après avoir décrit un pouvoir « élus par et pour les plus riches » que le « match des jaunes contre les bleus » [les Gilets jaunes contre les policiers, ndlr] fait rire, le porte-parole François Boulo à appelé à une « révolution pacifique » :
« Mettez du jaune partout, portez du jaune, tant que Macron sera au pouvoir on va le rendre dingue avec ça. Eux qui rigolent de mépris en nous regardant, on va finir par les faire rire… jaune ! »
Après la projection du film, le débat s'est encore prolongé quelques minutes avec François Ruffin.
Le film « J'veux du soleil » rassemble des témoignages de Gilets jaunes de plusieurs coins de France et nous livre un aperçu sensible, parfois drôle, parfois poignant, de ceux qui depuis cinq mois se sont réappropriés le débat public, comme le dit François Ruffin :
« C'est la fin de l'apathie politique c'est la reconquête de la politique par les classes moyennes. »
Le film projeté le 2 mai au rond-point des Vaches est une version courte du documentaire dont les droits ont été cédés gratuitement aux ronds-points…
Le député Hubert Wulfranc (PCF) était présent à la projection, venu accueillir son collègue de l'Assemblée.
Photo : Jean-Pierre Sageot

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