À la une | 12/10/2012

Journal des Assises, 11 octobre : rénovation urbaine, stop ou encore ?

Depuis les premières opérations de rénovation urbaine, en 2001, Saint-Etienne-du-Rouvray a démoli 1 300 logements et en a reconstruit presque autant. Une métamorphose physique vécue par de nombreux quartiers en rénovation urbaine. Mais qu’en sera-t-il de la suite ? Au moment même où le gouvernement lançait à Roubaix une concertation sur l’avenir de la politique de la ville, le large débat organisé en clôture des Assises a permis de confronter les points de vue sur les enjeux des politiques publiques dans les quartiers populaires.

Au terme de la convention signée par la ville avec l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine), 11,3 % du parc de logements de la commune auront été concernés par des démolitions, reconstructions ou réhabilitations. C’est considérable. À l’image d’ailleurs de ce qui s’est fait dans le département : “Entre 2005 et 2013, il y aura eu 5 000 démolitions, 4 500 reconstructions, 13 200 logements réhabilités et 19 000 logements résidentialisés, a ainsi indiqué Laurent Véré, du service habitat de la direction départementale des territoires et de la mer. Soit un total d’investissement d’1,2 milliard, dont 280 millions financés par l’Anru”.
Ces sommes susceptibles de donner le vertige se traduisent de façon concrète sur tous les territoires : “Nous avons réalisé 350 millions de travaux au Havre, a confié Agathe Cahierre, première adjointe au maire. Nous avons démoli 1 600 logements que nous avons reconstruits pour un tiers seulement dans les quartiers. L’enjeu était pour nous de retisser des liens avec les quartiers populaires.” Mêmes priorités à Rouen : “Désormais, dès qu’un programme de construction prévoit plus de 4 logements, il doit y avoir 25 % de logement social”, a expliqué Christine Rambaud, première adjointe. Une “recette” pour introduire plus de mixité, même si la première adjointe au maire de Rouen a reconnu qu’il était “plus facile de faire construire du logement social en centre-ville, que de faire venir de nouvelles populations dans les quartiers nord”… Serait-ce là l’une des limites de la rénovation urbaine ?
C’est en tout cas l’un des points faibles qu’a repéré le sociologue Renaud Epstein qui n’a pas hésité à provoquer les élus sur le concept même de mixité sociale : “Aujourd’hui, être contre la mixité sociale, c’est comme être contre la paix dans le monde, a-t-il souri. Je vois bien que c’est une valeur de la sphère politique qui dicte les politiques publiques, mais si on regarde du côté des sciences sociales, ça ne veut rien dire !”
Considérant que, sous couvert de mixité sociale, l’État a dépensé des fortunes pour la rénovation urbaine, le sociologue regrette que les autres politiques publiques aient été délaissées dans les domaines de l’éducation, de la culture, de la santé… D’ailleurs, comme l’a souligné Bruno Lafosse, directeur de la communication de Saint-Etienne-du-Rouvray et animateur des débats, “la cour des comptes elle-même a pointé les insuffisances du renouvellement urbain, qui aurait entraîné une dilution des moyens, avec trop peu d’accompagnement social et sans permettre de réduire les écarts de développement entre les quartiers”.
Tout en assumant une part de ce bilan critique, les élus présents hier soir ont aussi voulu mettre l’État devant ses responsabilités : “Nous attendons que, dans nos quartiers, il y ait du droit commun, a interpellé Agathe Cahierre, que l’Éducation nationale s’engage à mettre des personnels, que la police soit présente, que la Caf mette des travailleurs sociaux… Ensuite avec les moyens des politiques de la ville, on boostera les politiques de droit commun. On fera l’extra-ordinaire quand le droit commun aura assuré l’ordinaire !”
Justement, que va devenir la politique de la ville, en cette période de crise économique et financière ? La concertation ouverte par le gouvernement, à Roubaix, risque de déboucher sur une réduction des moyens. Et pourtant, les élus ont besoin d’avancer sur deux jambes, celle de l’urbanisme et celle du social, pour reprendre l’image utilisé par Hubert Wulfranc : “Il faut creuser l’ensemble des sujets, a ainsi le maire de Saint-Etienne-du-Rouvray, y compris les moins visibles qui relèvent des politiques de solidarité, pour construire un projet de ville plus large que le projet urbain.”
Ce fut l’objectif, depuis un an, des Assises de la ville qui ont cherché à associer les habitants à la définition des politiques publiques. Pour que rénovation – qu’elle soit urbaine ou sociale – rime avec participation.

Isabelle Friedmann

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